L'histoire de Baile au doux langage (Scél Baili Binnberlaig) - Conte irlandais ancien, probablement composé entre le IXᵉ et le Xᵉ siècle. Le récit est conservé dans deux manuscrits médiévaux principaux, tous deux du XIIᵉ siècle. Le livre du Leinster, la source la plus complète et la plus citée, c'est généralement la version de base des éditions modernes. Et le Rawlinson B 512, avec une version plus courte et parfois divergente, une langue légèrement plus archaïque par endroits.
Baile Binnbérlach et Ailinn sont deux jeunes amants issus de clans ennemis. Ils projettent de se retrouver, mais chacun reçoit une fausse nouvelle annonçant la mort de l'autre. Submergés par le chagrin, ils meurent tous les deux de tristesse, sans jamais se revoir. Sur leurs tombes poussent ensuite deux ifs (ou parfois un if et un pommier), dont les branches finissent par s'entrelacer, symbolisant une union que la vie leur a refusée.
L'histoire de Baile au doux langage
<span class=blue12>Baile Binnbérlach, fils de Búan. Búan avait trois fils : Monach, Baile et Fercorb, d'où viennent les peuples de Dál mBuain, Dál Cuirb et Monaig Arad. Búan n'eut qu'un seul fils, à savoir Baile(1).</span> (1) Trois fils et fils unique peuvent sembler contradictoire, mais cette généalogie est symbolique et politique, pas strictement familiale. Búan est en fait l'ancêtre de trois lignées : Monach, Baile et Fercorb, d'où proviennent les peuples de Dál mBuain, Dál Cuirb et Monaig Arad.
<span class=blue12>Baile était fiancé à Ailinn, fille de Lugaid, épouse de Fergus Goó, ou bien de la fille d'Eógan fils de Dáithí(2). Ils s'aimaient d'un amour profond, plus grand que celui de tous ceux qu'on pouvait voir, et ils souffraient chaque jour de ne pouvoir se rejoindre à cause de leurs familles. Ils se donnèrent alors rendez-vous en secret, de nuit, à Ros na Tuirgin, près de l'église de Máel-Duib, sur les bords de la Boyne en Brega.</span> (2) Lugaid est un nom exclusivement masculin, ce qui implique que Fergus Goó est le mari d'Ailinn. Elle peut également être considérée comme issue de la fille d'Eógan mac Dáithí. Il n'est pas inconcevable, dans une lecture théorique, que Lugaid soit le père et la fille d'Eógan la mère ; toutefois, le texte présente clairement deux généalogies alternatives, et il s'agit donc de choisir l'une ou l'autre, mais jamais les deux à la fois.
<span class=blue12>Baile vint du nord pour ce rendez-vous, depuis Emain Macha, en traversant Slíab Fúaid et Temair Muirí jusqu'à Tráig mBaili. Ils firent halte avec leurs druides et laissèrent paître leurs chevaux sur le promontoire pour qu'ils broutent. Ils se livrèrent à la joie et à la fête.</span>
<span class=blue12>Alors qu'ils étaient là, ils virent venir vers eux un cavalier gigantesque, seul, depuis le sud. Sa course et son allure étaient terrifiantes. Il semblait que la terre tremblait sous lui, comme si c'était un rocher ou un bloc de pierre qui glissait sur une surface lisse. Il s'approcha du rivage.</span>
"Par ta tête !" dit Baile, "approche donc, quoi que tu sois, d'où que tu viennes et pour quelle raison tu arrives." "Je viens de Tuaig Inbir, répondit l'homme, et je suis revenu vers le nord par Slíab Suidi Laigen. Je n'avais aucune intention de voyager avec vous, mais Lugaid fils de Fergus a donné sa fille en mariage à Baile fils de Búan. Celui-ci se rendait au rendez-vous quand des guerriers du Leinster l'attaquèrent et le noyèrent, comme l'avaient prédit druides et devins : ils ne se rencontreraient pas de leur vivant, mais se rejoindraient après la mort, et ils ne seraient jamais séparés pour l'éternité. Voilà mon récit."
<span class=blue12>Puis il s'éloigna d'eux aussitôt, et il ne fut pas possible de le retenir.</span>
<span class=blue12>À ces paroles, Baile tomba raide mort, sans souffle de vie. On lui éleva un tombeau et un tertre funéraire, on grava son nom en ogham, et les Ulates célébrèrent pour lui une assemblée de deuil. Un if jaillit de sa tombe, et en trois fois neuf années il devint visible sous la forme et l'apparence de la tête de Baile, d'où le nom de Tráig mBaili.</span>
<span class=blue12>Ensuite, le même homme se rendit à l'endroit où se trouvait la jeune Ailinn et entra dans le pavillon.</span>
"Pourquoi viens-tu, toi que nous ne connaissons pas ?" dit la jeune fille. "Je parcours l'Irlande depuis Tuaig Inbir jusqu'ici, en passant par Slíab Suidi Laigen." "As-tu des nouvelles ?" demanda la jeune fille. "Je n'apporte pas de bonnes nouvelles, mais j'ai vu les Ulates en assemblée de deuil, creusant un tertre, dressant des pierres et gravant le nom de Baile fils de Búan, héritier du royaume d'Ulster, à Tráig mBaili. Il venait rejoindre l'épouse aimée que la terre lui avait donnée, car aucun des deux ne trouva de joie tant qu'ils vécurent sans pouvoir se voir l'un l'autre."
<span class=blue12>À ces paroles funestes, Ailinn tomba morte sans vie. On lui éleva un tombeau, etc. Un pommier jaillit alors de sa tombe, et au bout de sept ans il devint un grand arbre, dont la cime portait la forme de la tête d'Ailinn.</span>
<span class=blue12>Au bout de sept années encore, les sages, devins et poètes reconnurent les signes qui se manifestaient sur Baile. Ils composèrent alors un chant poétique et consignèrent visions, révélations, amour et demande en mariage d'Ulster dans ce lieu. Sur ce même bois fut écrite la demande en mariage du Leinster</span>
<span class=blue12>Lorsque Samain arriva ensuite, une grande fête fut célébrée par Art fils de Conn. Les nobles et les gens de tout art s'y rendirent selon la coutume, apportant leurs tablettes avec eux. Art s'éveilla et vit une merveille : on lui apporta la tablette, et les deux arbres s'y trouvaient enlacés. Il tenta de les séparer l'un de l'autre, mais ils s'entrelacèrent comme le chèvrefeuille autour du noisetier. On ne put les séparer, et ils étaient comme tous les trésors conservés à Tara, jusqu'à ce que Dúnlang fils d'Enda brûlât la forteresse, d'où ces vers :</span>
Le pommier élevé d'Ailinn, l'if de Baile - petite croissance, qui a composé ce chant, les hommes grossiers ne le comprennent pas.*
<span class=blue12>Et comme le dit la fille de Cormac ua Cuinn :</span>
À eux je compare l'orme, et l'if de Tráig Baili, je les unis l'un à l'autre, comme le pommier d'Ailinn.
<span class=blue12>Flann mac Lonáin dit :</span>
Cormac s'assit autour du juste secret, car c'est à lui que le peuple se conforme, que Dieu accorde un noble soin à l'arbre de Tráig Baili Buain. Un grand arbre aux rameaux innombrables, sa forme s'étendit lourdement, ce qui fut séparé fut réuni, ainsi fut réuni ce qui avait été séparé.
Sources
• K. Meyer, (1892) - "Scél Baili Binnbérlaig", Revue Celtique, vol. 13, pp.220-225.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique
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