Tristan et Iseult est une légende médiévale racontant l’amour tragique entre Tristan, chevalier de Cornouailles, et Iseult, princesse d’Irlande. Cette histoire met en scène le conflit entre amour passionnel et devoir, et devient un symbole de l’amour impossible et fatal.
La version de Béroul est la plus ancienne version conservée en ancien français de la légende de Tristan et Iseult, donc celle qu’on étudie souvent comme « version primitive » dans les cours de littérature médiévale. Mais elle n’est pas la plus connue aujourd’hui. Elle est même incomplète : le manuscrit qui nous est parvenu est fragmentaire, et on n’a pas toute l’histoire.
La version la plus connue pour les lecteurs modernes est surtout celle de Joseph Bédier, écrite au début du XXe siècle, parce qu’elle reconstruit une histoire complète et fluide à partir de plusieurs sources anciennes, dont Béroul et Thomas d’Angleterre.
Une origine galloise ?
Si l'on cherche les origines les plus anciennes de la légende de Tristan et Iseult, le monde celtique brittonique — dont fait partie le Pays de Galles — est généralement considéré comme sa principale source. Plusieurs chercheurs rapprochent Tristan d'un personnage nommé Drystan présent dans la tradition galloise, et certains motifs du récit semblent provenir de contes celtiques transmis oralement bien avant leur mise par écrit.
Cela dit, il ne faut pas imaginer une œuvre galloise unique qui aurait ensuite été simplement traduite. La légende s'est formée progressivement dans un espace culturel celtique plus large comprenant aussi la Cornouailles et l'Irlande. Les versions qui ont rendu Tristan et Iseult célèbres ont été rédigées au XIIᵉ siècle par des auteurs de langue française, notamment Béroul et Thomas d'Angleterre.
On peut donc dire que la légende a probablement des racines largement galloises et celtiques, mais que sa forme classique est le résultat d'une élaboration littéraire médiévale réalisée dans le monde anglo-normand et français.
Un texte arthurien ?
Dans les premières versions connues de Tristan et Iseult, le lien avec le monde arthurien est limité. Tristan est surtout un héros de Cornouailles, au service du roi Marc, et son histoire d'amour avec Iseult constitue un cycle relativement autonome.
Mais à partir du XIIIᵉ siècle, les auteurs de romans en prose intègrent de plus en plus Tristan à l'univers du roi Arthur. Dans le grand Tristan en prose, Tristan devient même l'un des plus grands chevaliers de la Table ronde. Il côtoie alors Lancelot, participe aux aventures du royaume d'Arthur et rivalise avec les meilleurs chevaliers.
Ce rapprochement n'est pas seulement littéraire. Les deux traditions partagent déjà plusieurs thèmes d'origine celtique : l'amour impossible, la loyauté divisée entre passion et devoir, les voyages vers des mondes merveilleux et l'idéal chevaleresque. Beaucoup d'historiens de la littérature considèrent d'ailleurs que Tristan et Iseult forme, avec l'histoire de Lancelot et de Guenièvre, l'un des grands modèles médiévaux de l'amour adultère tragique.
Il existe même une sorte de parallèle frappant : Tristan aime l'épouse de son oncle, tandis que Lancelot aime l'épouse de son roi. Dans les deux cas, l'amour est présenté comme exceptionnel mais finit par menacer l'ordre politique et social. C'est probablement l'une des raisons pour lesquelles les auteurs médiévaux ont trouvé naturel de réunir ces deux univers.
Un Amour avec un grand 'A' ?
Pour un lecteur moderne, il y a une tension évidente : si Tristan et Iseult tombent amoureux parce qu'ils ont bu un philtre d'amour par erreur, peut-on encore parler d'un amour absolu, choisi librement, avec un grand 'A' ? Le philtre retire en partie la capacité de choisir librement ses sentiments et modifie profondément le comportement des personnages. C'est précisément ce qui peut mettre mal à l'aise un lecteur moderne : l'amour naît sous l'effet d'une substance ingérée à leur insu.
Les auteurs médiévaux ne semblent pas avoir vu là une contradiction avec la même acuité. Dans de nombreuses versions, le philtre n'est pas seulement un mécanisme magique ; il sert aussi à représenter une force amoureuse irrésistible qui dépasse la volonté humaine. L'amour n'est pas conçu comme un choix rationnel, mais comme une puissance qui s'empare des individus et les transforme.
D'ailleurs, selon les versions, le rôle du philtre varie. Dans certaines, il explique presque entièrement la passion. Dans d'autres, il agit surtout comme un déclencheur symbolique, tandis que l'amour continue à vivre bien au-delà de la durée supposée du breuvage. Les amants restent attachés l'un à l'autre même lorsque la magie devrait avoir cessé d'agir.
Cette ambiguïté a beaucoup intéressé les critiques. Certains y voient une manière de décharger partiellement Tristan et Iseult de leur responsabilité morale : ils ne sont pas entièrement coupables puisque la passion leur a été imposée. D'autres considèrent au contraire que le véritable sujet de la légende est ce qu'ils font de cet amour après sa naissance. Le philtre explique le commencement, mais pas forcément la fidélité obstinée des amants à leur passion malgré les souffrances, les mensonges et les dangers.
On pourrait presque dire que la question centrale du récit est la suivante : l'amour de Tristan et Iseult est-il une fatalité magique ou devient-il, avec le temps, un engagement personnel ? La légende ne tranche jamais complètement, et c'est peut-être l'une des raisons de sa force.
Résumé:
Tristan est envoyé en Irlande pour ramener Iseult afin qu’elle épouse le roi Marc, son oncle et bienfaiteur. Pendant le voyage de retour, Tristan et Iseult boivent par erreur un philtre d'amour destiné à Iseult et au roi Marc. Dès lors, ils tombent irrésistiblement amoureux l’un de l’autre, malgré l’obligation d’Iseult d’épouser Marc.
Cet amour interdit les pousse à se voir en secret, mais ils sont sans cesse menacés par les soupçons de la cour et les pièges de leurs ennemis. Plusieurs fois, ils sont séparés, exilés ou contraints de se justifier. Malgré leurs efforts pour respecter leurs devoirs, leur passion est plus forte que la raison et les conventions sociales.
Finalement, Tristan est blessé lors d’un combat et, se sentant mourir, il envoie chercher Iseult. Il lui demande de venir à lui en bateau blanc si elle accepte de le sauver. Iseult arrive trop tard : Tristan est mort. Elle meurt à son tour de chagrin à ses côtés.
Sources: • J. Bédier, (1900) - Le Roman de Tristan et Iseut. Paris, Hachette.
• R. Louis, (1950) - Tristan et Iseult, Paris, Librairie José Corti.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique
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