Les dix filles de Partholón sont mentionnées dans plusieurs passages du Lebor Gabála Érenn. Trois listes principales sont conservées, présentant des variantes de noms et de formes. Elles ne correspondent pas à trois généalogies différentes, mais à trois états de transmission d’une même liste.
NB. Nous avons retenu dans ce tableau les formes principales adoptées par Macalister. De nombreuses variantes graphiques existent dans les différents manuscrits et recensions, mais elles ne modifient pas la structure générale du tableau ni les correspondances entre les différentes listes.
Globalement, le tableau montre que les divergences entre les trois traditions sont davantage des variations de transmission graphique que de véritables noms alternatifs.
• La première colonne présente toutefois un décalage d’ordre : les trois premiers noms apparaissent dans une séquence 3-2-1 par rapport aux deux autres colonnes, où l’ordre est plus régulier.
• La troisième ligne constitue un cas particulier : Etan diverge des formes Aidne / Adnad et son origine demeure inexpliquée.
• La quatrième ligne doit être examinée séparément (voir la remarque consacrée à Ard Macha), car la difficulté ne porte pas seulement sur la forme du nom, mais sur l’interprétation du groupe lui-même.
• De la deuxième à la neuvième ligne, les différences observées relèvent principalement de variations graphiques ou de formes adaptées par la transmission manuscrite.
• La dixième ligne présente le cas le plus problématique : Gribendach apparaît dans une tradition à la place de Achanach dans les deux autres. Macalister propose d’associer Gribendach à Greber, qui serait probablement son époux. Il est possible que le nom du mari ait influencé ou contaminé la forme du nom féminin lors de la transmission du texte, expliquant ainsi cette divergence.
Macalister place, dans la première ligne, une virgule après le mot ard (« noble »), ce qui conduit à lire Adnad ard comme un groupe nominal. Toutefois, dans les textes irlandais médiévaux, la ponctuation ne correspond pas à notre système moderne : les manuscrits ne présentent généralement pas une segmentation syntaxique aussi précise que celle introduite par les éditeurs. La ponctuation des éditions modernes constitue donc déjà une interprétation du texte.
Dans ce passage, la position de ard est probablement liée aux contraintes métriques. Le poète a placé le mot en fin de première ligne afin de le faire rimer avec Melepard, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’il se rapporte au nom qui le précède. Une lecture plus naturelle est de rattacher ard à Macha, dans la formule bien connue Ard Macha (« Macha élevée, noble Macha »), plutôt qu’à Etan ou Adnad. La disparition de ard dans les versions où Fochain remplace Macha renforce cette interprétation.
Cette difficulté illustre la complexité de la transmission du texte : dans l’une de ses listes, Macalister isole Ard comme un nom propre, ce qui conduit artificiellement à une liste de onze filles de Partholón, alors que le total traditionnel est de dix.
L’identification de cette forme avec la grande déesse Macha demeure cependant incertaine. Placée au milieu d’une simple liste généalogique, sans traitement particulier, elle contraste avec les autres noms des filles de Partholón, qui appartiennent au même registre onomastique. La forme Fochain, conservée dans certaines versions, s’accorde davantage avec l’économie générale de la liste.
Sources: • R.A.S. Macalister, (1940) - Lebor Gabala Erenn. The Book of the Taking of Ireland III, 214 p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique