Adobogiona / Αδοβογιωνα — Reine galate du Iᵉʳ siècle av. J.‑C. figurant sur un monnayage à la légende « ΒΑΣΙΛΙΣΣΗΣ [ΑΔΟΒΟ]ΓΙΩΝΑΣ ». Son nom est interprété comme signifiant « la grandepourfendeuse », à partir du composé adverbialado-bogio-. Elle est souvent présentée comme étant la fille de Brogitaros (Βρογιτάρος), et l’épouse de Deiotaros Philoromaios (Δηιόταρος Φιλορώμαιος).
Adobogiona est bien attestée par la numismatique : son nom apparaît sur une émission monétaire portant la titulature βασίλισσης Ἀδοβογιώνας, tandis que les monnaies de Déiotaros Philoromaios constituent des séries distinctes portant la titulature royale du roi. Il ne s’agit donc pas d’un même type monétaire associant explicitement les deux noms sur une seule émission; Ces émissions sont souvent rapprochées en raison de leur attribution au même horizon galate tardif et au même contexte dynastique supposé. Ces monnaies ne donnent pas de généalogie détaillée ni de biographie : elles attestent un nom et un statut royal, pas des liens familiaux précis.
Chez Cicéron, dans le De haruspicum responso, on trouve uniquement un lien politique entre Brogitaros et Deiotaros, sans mention de mariage ni de parenté. L’idée que ce lien impliquerait une alliance matrimoniale est donc une interprétation moderne, pas une donnée textuelle.
Les identifications du type « fille de Brogitaros » ou « épouse de Déiotaros » viennent ensuite de la littérature savante, qui combinent les données monétaires et le contexte politique pour proposer une reconstruction cohérente des dynasties galates. Mais cette reconstruction dépasse ce que disent explicitement les sources antiques.
En résumé, le nom est bien attesté par les monnaies, mais les relations familiales précises sont reconstruites à partir d’indices indirects et d’hypothèses historiographiques, pas directement données par Cicéron ou par une légende monétaire explicite unique.
L'hypothèse de Reinach
L’hypothèse de Théodore Reinach consiste à reconstruire l’histoire dynastique galate du Iᵉʳ siècle av. J.‑C. en considérant que les personnages mentionnés par Strabon, les inscriptions et les monnaies appartiennent à un même réseau familial et politique cohérent plutôt qu’à des individus isolés ou mal identifiés. Dans cette perspective, Déiotaros Philoromaios apparaît comme la figure centrale d’un ensemble de tétrarques galates liés entre eux par des alliances familiales et politiques.
Dans ce système reconstruit, Adobogiona occupe une place importante comme femme de haut lignage issue du milieu tétrarchique galate, associée au cercle de Déiotaros et souvent identifiée comme épouse de Ménodote de Pergame et mère de Mithridate de Pergame. Ce dernier est intégré à son tour dans la continuité dynastique, en raison de son rôle politique attesté dans les sources romaines et de ses liens supposés avec la sphère galate et pontique.
Les monnaies royales sont utilisées comme un élément de confirmation de cette structure, notamment lorsqu’elles associent des titulatures royales masculines à des représentations ou légendes féminines interprétées comme appartenant à la même lignée dynastique. À partir de ces éléments dispersés, Reinach propose donc une lecture unifiée où les différentes attestations convergent vers une seule construction familiale et politique.
Cette hypothèse ne repose toutefois pas sur un document généalogique explicite, mais sur une synthèse interprétative visant à donner cohérence à des sources fragmentaires.
Ce tableau de Théodore Reinach est en réalité la formalisation visuelle de son hypothèse générale : il ne s’agit pas d’une généalogie transmise par les sources antiques, mais d’une reconstruction destinée à organiser de manière cohérente des données fragmentaires issues de Strabon, des inscriptions et du monnayage galate. Ce que montre le schéma, c’est la volonté de regrouper autour de Déiotaros Philoromaios un ensemble de tétrarques et de familles dynastiques qui, dans les sources, apparaissent de façon dispersée et parfois contradictoire.
Dans cette construction, Adobogiona occupe plusieurs positions possibles selon les branches, ce qui est précisément révélateur du problème que Reinach tente de résoudre. Elle apparaît comme épouse de Ménodote de Pergame dans la branche liée à Mithridate de Pergame, tandis qu’une autre Adobogiona est intégrée dans le réseau dynastique galate plus large, ce qui implique déjà une distinction implicite entre homonymes ou générations différentes. Le schéma ne tranche pas à partir d’un document unique, mais distribue les attestations dans une architecture généalogique supposée cohérente.
L’intérêt de ce tableau est donc moins de transmettre une vérité généalogique antique que de montrer comment Reinach organise les fragments disponibles en un système familial unifié. Il s’agit d’une modélisation historique fondée sur des rapprochements interprétatifs, et non d’une chaîne de filiation explicitement donnée par une source continue.
Sources: • X. Delamarre, (2003) - Dictionnaire de la langue gauloise, Errance, Paris, 440p.
• T. Derks, N. Roymans, (2009) - Ethnic Constructs in Antiquity, Amsterdam Unisersity Press, Amsterdam
• V. Kruta, (2000) - Les Celtes - Histoire et dictionnaire, Laffont, Paris, 1020p.
• Th. Reinach, (1891) - "Monnaies inédites d'Asie mineure", Revue numismatique, n°9, Rollin & Feuardent, pp 361-401
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique