Aesis — Nom antique du fleuve aujourd’hui appelé Esino, il prend sa source à Esanatoglia (Macerata, Marches, Italie) et se jette dans la mer Adriatique au niveau de la côte des Marches, entre les communes de Falconara Marittima et Chiaravalle, au nord d’Ancône.
Le nom antique Aesis est également celui de l’actuelle ville de Jesi, se trouvant à proximité du fleuve. Il s’agit très probablement d’un nom ancien, antérieur à la romanisation, relevant d’un substrat pré-latin de l’Italie adriatique, ensuite intégré au latin sans étymologie transparente.
Au IVᵉ siècle av. J.‑C., la région passe sous le contrôle des Sénons, peuple gaulois installé dans l’Ager Gallicus. Ceux-ci occupent une bande côtière des Marches comprise approximativement entre les vallées de l’Utens au nord et de l’Aesis au sud, ce dernier fleuve étant souvent considéré comme la limite méridionale de leur territoire. Après la victoire romaine à la Bataille de Sentinum en 295 av. J.‑C. puis les campagnes de 283 av. J.‑C., les Sénons furent soumis ou expulsés et l'Ager Gallicus est intégré au domaine romain. C'est probablement ce cadre historique qui explique la remarque de Pomponius Mela selon laquelle Ancône marque la séparation entre peuples « gaulois » et « italiques » : à l’époque impériale, persistait encore le souvenir d’une frontière ancienne située sur l’Aesis.
Très hypothétiquement, Xavier Delamarre (2012) a proposé de rapprocher l’hydronyme Aesis du théonyme Esus, sous la forme d’un possible « fleuve d’Esus ». Cette hypothèse repose sur une ressemblance phonétique et sur des parallèles celtisants en hydronymie, mais elle demeure conjecturale, sans attestation antique ni démonstration historique, l’explication par un substrat pré-latin restant la lecture la plus prudente.
Tite-Live, Histoire romaine, VI, 35 :"Enfin, les Sénons, qui viennent en dernier, prennent possession de la contrée qui est située entre le fleuve Utens et l'Aesis."
Pomponius Mela, Description de la Terre, II, 57 :"Du Pô à Ancône on rencontre Ravenne, Ariminum, Pisaure, la colonie de Fanestris, les fleuves Métaurus et Aesis. Ancône, ainsi nommée par les Grecs à cause de sa position dans l'angle formé par deux promontoires, dont la direction oblique fait une espèce de coude, est comme le point de séparation des peuples gaulois et italiques."
Sources: • X. Delamarre, (2012) - Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, Errance, Paris, 384p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique