Le Lebor Gabála Érenn (Livre des Conquêtes de l’Irlande) est une compilation pseudo-historique médiévale qui raconte l’histoire mythique de l’Irlande comme une succession de « prises de possession » par différents peuples (depuis la création du monde jusqu’aux Gaëls), en les synchronisant avec l’histoire biblique et antique pour en donner une chronologie universelle.
Lebor Gabála Érenn nous est parvenu à travers plusieurs rédactions successives et une version remaniée dite Miníugud, ainsi qu’une adaptation moderne. Ces rédactions ont été conservées dans un ensemble de manuscrits médiévaux et post-médiévaux (notamment le Livre du Leinster, le Livre de Ballymote, le Livre de Lecan, les manuscrits Stowe, Rawlinson B 512, etc.), qui ne transmettent pas tous le même état du texte. Le texte a également été interpolé ou clarifié dans la version Miníugud, présente dans plusieurs témoins. L’ensemble de la tradition est reconstruit par les éditeurs à partir de ces témoins, en supposant des archétypes perdus et des copies intermédiaires aujourd’hui disparues. Ainsi, le texte actuel est le résultat d’une transmission complexe mêlant plusieurs couches de rédaction, de réécriture et de copie médiévale.
Les passages sur les Fir Bolg sont conservés dans plusieurs couches du Lebor Gabála Érenn : la première rédaction dans le Livre du Leinster et le Livre de Fermoy ; la Seconde rédaction dans Stowe D.4.3, E.3.5 (Trinity College Dublin), Rawlinson B 512 (Bodleian Library) et Stowe A.2.4, Livre de Lecan (première section) ; et la troisième rédaction dans le Livre de Ballymote et le Livre de Lecan (second texte).
Les textes de synchronisme apparaissent dans l’ensemble de la deuxième rédaction, où ils servent à insérer artificiellement les Fir Bolg dans la chronologie universelle des rois et des empires antiques et bibliques. Dans la troisième rédaction, en revanche, ce dispositif de synchronisation n’est conservé que dans le Livre de Ballymote. Ces sections de synchronisme sont suivies d’un résumé du Míniugud, qui clôt le dossier en proposant une version condensée et clarifiée des traditions relatives aux Fir Bolg.
Les trois rédactions du texte ne présentent pas de différences fondamentales. La trame narrative demeure globalement identique d'une version à l'autre, malgré quelques déplacements de passages et la réutilisation des mêmes poèmes. Les principales variations tiennent à l'ajout ou à la suppression de certains paragraphes ou remarques, sans modifier sensiblement la structure générale ni le déroulement du récit.
Résumé
Les Fir Bolg, descendants des Némédiens, reviennent en Irlande après une longue errance en Grèce où ils auraient été réduits en servitude. Sous la conduite des cinq fils de Dela — Sláine, Rudraige, Gand, Genann et Sengand — ils prennent possession de l’île et la divisent en cinq provinces, établissant ainsi une première organisation royale de l’Irlande. Chaque roi règne sur sa part pendant une durée brève, marquée par des successions rapides, des morts violentes ou des épidémies. Le règne le plus stable est celui d’Eochu mac Eirc, présenté comme une période d’ordre, de prospérité et de justice.
Leur domination prend fin avec l’arrivée des Túatha Dé Danann, qui les affrontent lors de la première bataille de Mag Tuired (près de Cong). Les Fir Bolg sont vaincus et leur roi Eochu est tué. Les survivants sont dispersés dans les îles autour de l’Irlande ou intégrés à d’autres populations mythiques. Le récit les présente ainsi comme les premiers organisateurs politiques de l’île, mais aussi comme un peuple transitoire dans la succession des « prises » mythiques de l’Irlande.
Fúat, épouse de Sláine, tu ne la juges pas infirme (ou déformée), Etar, épouse de Gand plein de vaillance, Anust, épouse de Sengand aux lances, Cnucha, qui fut l’épouse du pur Genann.
Liber, épouse de Rudraige de la route, un peuple doux, qui n’était pas étroit : Rudraige, maître des ruses, je suppose que Fúat était son épouse.
279 — Les Fir Bolg se divisèrent en trois groupes. Avec Sláine, fils de Dela, fils de Lot, débarqua un tiers de l'armée à Inber Sláine. Son cinquième s'étendait d'Inber Colptha jusqu'à Comar Tri nUisce ; son contingent comptait mille hommes. Le second tiers débarqua à Inber Dubglaisi sous la conduite de Gand et de Sengand ; leur contingent comptait deux mille hommes. Gand reçut le territoire de Comar Tri nUisce jusqu'à Belach Conglais ; Sengand, de Belach Conglais jusqu'à Luimneach, c'est-à-dire les deux cinquièmes du Munster. Genann et Rudraige, avec le troisième tiers de l'armée, débarquèrent à Inber Domnann : [d'où ils furent appelés les Fir Domnann]. Genann fut roi du cinquième qui appartenait plus tard à Medb et à Ailill ; Rudraige régna sur le cinquième de Conchobar. Leur contingent comptait également deux mille hommes. Tels furent les Fir Bolg, les Fir Domnann et les Gaileoin.
Quant aux Fir Domnann, c'est d'eux que le bras de mer tire son nom. Les Fir Bolg furent ainsi nommés à cause de leurs sacs. Les Gailioin furent nommés d'après la multitude de leurs javelots.
Ils firent une seule prise et une seule principauté, car ils étaient cinq frères, les cinq fils de Dela mac Lot. Et en une seule semaine ils prirent l’Irlande, bien que les jours fussent différents. Le samedi, aux calendes d’août, Sláine débarqua à Inber Sláine. Le mardi, Gand et Sengand débarquèrent. Le vendredi, Genann et Rudraige débarquèrent. Et ainsi c’est une seule prise, bien qu’ils aient été désignés différemment. Les Gaileoin furent nommés d’après Sláine. Des deux, Gand et Sengand, furent nommés les Fir Bolg. Les Fir Domnann furent nommés d’après le creusement de la terre : c’étaient Genann et Rudraige avec leurs compagnons. Car tous sont appelés Fir Bolg, et trente-sept ans fut la durée de leur domination sur l’Irlande. Les cinq fils de Dela furent les cinq rois des Fir Bolg, à savoir : Gand, Genann, Rudraige, Sengand et Sláine.
280 — [Or ces hommes, les Fir Bolg, étaient la descendance de Dela.]Sláine était l'aîné, fils de Dela, fils de Lot, fils d'Oirthet, fils de Tribuat, fils de Gothorb, fils de Gosten, fils de Fortech, fils de Semeon, fils d'Erglan, fils de Beoan, fils de Starn, fils de Nemed, fils d'Agnoman. Aucun roi ne porta le titre de « roi d'Irlande » avant la venue des Fir Bolg.
Neuf rois issus d'eux régnèrent sur l'Irlande. Sláine régna un an ; il fut le premier des Fir Bolg à mourir en Irlande. Rudraige régna deux ans, jusqu'à sa mort à Brúg Bratruad. Gand et Genann régnèrent quatre ans, jusqu'à ce qu'ils succombent à une épidémie à Fremaind. Sengand régna cinq ans, jusqu'à ce qu'il tombât sous les coups de Fiacha Cendfinnan, fils de Starn, fils de Rudraige, fils de Dela, à Eba Coirpre. Fodbgen, quatre ans, jusqu’à ce qu’il tombât à Mag Muirthemne, sous la main d’Eochu, fils de Rindail, fils de Genann, fils de Dela. Eochu mac Eirc, dix ans. Il n’y eut aucune pluie de son temps, seulement de la rosée ; il n’y eut aucune année sans récolte. Les mensonges furent expulsés d’Irlande à son époque. Par lui fut appliquée pour la première fois la loi de justice de l’Irlande. Eochu mac Eirc tomba sous les coups des trois fils de Nemed mac Badrai : il est le premier roi d’Irlande à avoir reçu sa blessure mortelle en Irlande. [unde Colum Cille cecinit « Dena morenis à mic, » etc.]
281 — Les Fir Bolg livrèrent bataille [aux Túatha Dé Danann ] sur la plaine de Mag Tuired ; le combat se prolongea longtemps. Finalement, la bataille tourna à l’avantage des Túatha Dé Danann, et le massacre repoussa les Fir Bolg vers le nord ; cent mille d’entre eux furent tués en se repliant vers le rivage d’Eochaill. C’est là que le roi Eochu fut rejoint et trouva la mort sous les coups des trois fils de Nemed. Pourtant, les Túatha Dé Danann subirent de grandes pertes lors de la bataille, et ils laissèrent le roi sur le champ de bataille, le bras coupé ; les guérisseurs mirent sept ans à le soigner. Les Fir Bolg tombèrent dans cette bataille, à l’exception de quelques-uns ; ils quittèrent alors l’Irlande en fuyant les Túatha Dé Danann, et se rendirent à Ara, à Ile, à Rachra et dans d’autres îles. [Ce sont eux qui menèrent les Fomoire à la seconde bataille de Mag Tuired.] Ils demeurèrent ensuite là jusqu’à ce que les Cruithnes les en chassent. Ils se rendirent auprès de Cairpre Nia Fer, qui leur donna des terres ; mais ils ne purent y rester à cause des lourds impôts qu’il leur imposa. Ensuite, ils s’enfuirent devant Cairpre, sous la protection de Medb et d’Ailill, qui leur donnèrent des terres. C’est là les errances des fils d’Umor. [Óengus mac Umoir était leur roi en Orient.] De leurs noms sont issus plusieurs lieux : Loch Cime d’après Cime Ceithirchind mac Umoir, le pointe de Taman en Medraige d’après Taman mac Umoir, le fort d’Óengus à Ara d’après Óengus, le tertre de Conall à Aidne d’après Conall, Mag nAdar d’après Adar, Mag nAsail en Munster d’après Asal. Main mac Umoir était leur poète. Ils vécurent ainsi dans des forteresses et des îles de la mer, jusqu’à ce que Cú Chulainn les vainque.
282 — On n'attribue aux Fir Bolg ni le creusement de forts ou de retranchements, ni l'apparition de lacs, ni le défrichement de plaines. De leur descendance proviennent les trois communautés d'Irlande qui ne sont pas de souche goidélique : les Gabráige de la Suc en Connachta, les Uí Thairsig et les Gailioin en Leinster. Telles sont les aventures des Fir Bolg.
283 — Voici les rois des Fir Bolg et leurs morts : d’où le poète a chanté.
De là, l’historien chanta le chant.
Poème XLVII
Les Fir Bolg furent ici pour un temps dans la grande île des fils de Míl ; les cinq chefs qu’ils amenèrent avec eux de là-bas, je connais leurs noms.
Sláine régna un an, cela est vrai, jusqu’à ce qu’il mourût dans son noble tertre ; le premier homme des Fir Bolg des sommets qui mourut dans l’île d’Irlande.
Deux années de Rudraige le Rouge, jusqu’à ce qu’il mourût à Brúg Bratruad. Quatre de Genann et de Gand, jusqu’à ce que la peste les emporte à Fremaind.
Fiacha Cendfinnan avant tous, son nom demeure à jamais ; tous à tête blanche, sans reproche, étaient les vaches d’Irlande en sa présence.
Jusqu’à ce qu’il tombât aux mains du rouge Rindail, il eut six [années] avec sa troupe libre ; le petit-fils de Dela tomba alors à Eba, des mains de Fodbgen.
Quatre au noble Fodbgen jusqu’à la bataille de Muirthemne des nobles : Fodbgen mourut sans reproche des mains du fils d’Erc, du noble Eochu.
Dix années à Eochu mac Eirc, il ne trouva pas la limite de la faiblesse : jusqu’à ce qu’ils le tuèrent sur le champ de bataille, les trois fils de Nemed mac Badrai.
Jusqu’à ce que Rindail grandît, il n’y eut aucun tranchant du tout sur une arme en Irlande ; sur les lances dures il n’y avait pas de belle pointe, elles n’étaient que des bâtons de jet.
Du temps de Fodbgen ensuite apparurent des nœuds dans les arbres : les bois d’Irlande jusque-là étaient lisses et très droits.
Les agréables Túatha Dé Danann apportèrent des lances avec eux dans leurs mains ; par elles Eochu fut tué, par la race de Nemed au jugement puissant.
Les noms des trois nobles fils de Nemed étaient Cessarb, Luam et Luachra ; ce sont eux qui frappèrent de leurs lances Eochu mac Eirc, premier roi d'Irlande.
Ensuite les Túatha Dé livrèrent bataille contre les Fir Bolg ; terrible fut l'affrontement. Ils leur ravirent leurs biens ainsi que leur souveraineté sur le pays.
Colum Cille a chanté.
comme l’a dit Colum Cille.
Poème XLVIII
Fais donc ma réfutation, mon fils, dis-moi des nouvelles avec vigueur ; il est longtemps depuis que tout mal s’est répandu au dehors après que le corps d’Eochu mac Eirc fut blessé.
Eochu mac Eirc, qui était suffisant en vertu — meilleur que tout roi sauf le Christ sans tache — cet homme est le premier roi d’Irlande, qui fut blessé dans la blanche Inis Fail.
Les trois fils de Nemed des batailles le tuèrent : de la descendance de Nemed ils nomment des guerriers : ils plantèrent en lui des pieux d’angoisse, si bien qu’ils le placèrent sous des monceaux sordides.
En elle (l’Irlande) il n’y avait ni paix ni repos, dans l’assemblée c’était une folie de douleur, depuis Eochu, qui était paisible et libre, jusqu’au temps du fils du grand Míl.
Grande était l’activité des navigateurs à l’heure du lever du soleil — la perte du fils d’Erc, c’était un péril dans une citadelle : les hommes en sacs, qui étaient grands en force, ils divisèrent l’île élevée du pur Art.
La plaine d’Ériu jusqu’à Slanga, une portion depuis le Nith perlé vers le sud jusqu’à l’Assemblée, un secret enveloppé, des trois eaux, des trois rapides.
À Gand sans combat, sans tristesse, il revint à Belach Conglais : Sengand du Passage du Chien l’honneur s’étendit pour lui jusqu’à Luimneach.
Genann mémorable lia son secret du Luimneach jusqu’à Ess Ruaid : celui du très noble roi Rudraige s’étendait de là jusqu’à la plage de Baile mac Búain.
Dure est la troupe qui les tourmenta, les Túatha Dé Danann venus de loin : ils débarquèrent — c’était une troupe rude et brillante — sur la montagne dure de Conmaicne Réin.
Ils tuèrent les Fir Bolg résistants, et dès lors il y eut des tombes de champions ; alors naquit une montée semblable à la colère chez le noble Nuada Airgetlám.
Le fils d’Ethliu des combats s’élança, Lug le parfait, homme doux et agréable et généreux ; grand guerrier, pour lui ce fut sanglant et fatal dans la bataille de Mag Tuired à l’ouest.
Ils atteignirent les promontoires d’Irlande : les fils du noble Míl arrivèrent ; en une terre fondatrice, une avancée au sud, on la vit depuis la Tour du grand Breogán.
Le premier homme de la lignée de Breogán harmonieux, appartenant à eux, qui mourut dans la grande Irlande, fut Dond mac Miled, Ir mis à part, de qui vient le nom de Tech Duinn des serviteurs.
Le premier homme qui fut enterré sans point de verdure en Irlande, qui était agréable dans son parure, Ladra, rude dans ses exploits était sa force, de qui vient le nom d’Ard Ladrann au sud.
Le premier homme qui fut noyé, parmi les multitudes vengeuses de la descendance des fils de Míl aux nombreux navires, Íth mac Breogain, qui était grand en actes, la vague l’emporta sur la grève.
La première femme qui alla en terre froide de la troupe venue de la Tour du blanc Breogán, Tea de Breg, épouse du roi, de qui vient le nom de Temair de l’homme de Fal.
Fille de Mag Mór, ce n’est pas un débat difficile, épouse d’Eochu Garb mac Dúach, Tailtiu, du bord de la noble assemblée, nourrice de Lug mac Scáil Bailb.
Il s’est accompli en Brefne (un acte) ferme un acte qui causera grande douleur, une douleur [...] à la fin la destruction du pèlerin venu de Rome.
Le puissant fils de Domnall accomplit la ruine de la couronne de sa hauteur — cela sera sinistre — il n’y aura pas en Irlande, sans reproche, ni femme ni famille ni maison ni fumée.
Je suis Colum de Druim Deán, ce ne fut pas longtemps pour lui que l’histoire apporta douleur (?) Le meurtre du fils d’Erc près de la mer, c’est une cause de pleurs et de larmes.
284 — Maintenant les Fir Bolg divisèrent l’Irlande en cinq parties, comme nous l’avons dit. C’est la cinquième de Gand, sur laquelle était Cairpre Nia Fer. C’est la cinquième de Sengand, sur laquelle était Eochu mac Luchta. C’est la cinquième de Sláine, sur laquelle était Dedad mac Sin. C’est la cinquième de Genann, sur laquelle était Ailill mac Mata. C’est la cinquième de Rudraige, sur laquelle était Conchobar mac Nessa. Et telle est la division des provinces d’Irlande qui durera à jamais, comme les Fir Bolg les ont divisées.
285 — Fintan chanta la division des provinces.
Afin d’en conserver le souvenir, l’historien chanta ce qui suit :
Poème XLIX
Les cinq parties de l’Irlande, entre mer et terre, j’invoque les belles lumières de chacune des provinces parmi elles.
Depuis Drobais, rapide et farouche, s’étend la première division sacrée, jusqu’à la Boyne, blanche et vaste, au sud de la blanche Bairche.
Depuis la Boyne, harmonieuse et d’un blanc éclatant, aux centaines de havres, jusqu’à la Rencontre, au bruit des flots réunis, des froides Trois Eaux.
Depuis cette même Rencontre, au cours agile …, jusqu’au Bel du vaillant Cú, que l’on appelle « Glas ».
Depuis Luimneach aux immenses navires, vaste est son étendue, jusqu’à Drobais aux multitudes armées, pure, où rit la mer.
Science de la prosternation, les chemins sont rapportés ; perfection dans l’art de la délimitation, vers une division en cinq.
Les extrémités de ces provinces furent conduites jusqu’à Uisnech ; chacune d’elles depuis son [...], [...] jusqu’à ce qu’elles fussent cinq.
Poème LII
Les cinq cinquièmes de la noble Irlande, ils reçurent de très beaux rois ; ils demeureront parmi vous, par les chants que je compose, les bornes où ils se rejoignirent.
Le cinquième de Medb, que les exploits ennoblissent, afin que toute vaillance fût virile ; depuis Luimneach, d’un élan sans mort, jusqu’à Dub et Drobais.
Depuis Drobais vers l’est, agréable est le récit, le cinquième du Conchobar au poing brun ; jusqu’à Inber Colptha des batailles, le cinquième des Ulates si glorieux.
Depuis le rivage d’Inber Colptha, de là, jusqu’à la Rencontre des Trois Eaux, — que ce soit pour toi une pleine et généreuse enceinte de terres nommées — le cinquièmedes Gailioin au casque.
Depuis la Rencontre des froides Eaux, le cinquième d’Eochu Abratruad ; jusqu’au tertre dominant les flots, jusqu’au Défilé de Cuglas le farouche.
Depuis Belach Conglais de l’effroi, le cinquième de Cú Roí mac Dáire ; une demeure sur la terre fertile et féconde, jusqu’à Luimneach aux longs navires.
Autour de la pierre d’Uisnech la froide, dans la plaine de Mide aux troupes de cavaliers, à son sommet — beau partage commun — se trouve le point de partage de toutes les provinces.
Toute la descendance de Semeon était constituée des Gailioin et des Fir Domnann. Trente ans après Genann et Rudraige, les Túatha Dé Danann arrivèrent en Irlande.
286 — Ensuite vient ici le récit de la prise de possession de l’Irlande par les Fir Bolg. L’Irlande demeura déserte pendant deux cents ans après la prise de la Tour de Conaing, jusqu’à l’arrivée des Fir Bolg, comme nous l’avons dit dans le poème. Ils vinrent des terres des Grecs, fuyant le tribut que ceux-ci leur avaient imposé : transporter de l’argile sur des dalles de roche nue afin de les transformer en plaines fertiles. Ces hommes fabriquèrent de longs canots avec les sacs dans lesquels ils avaient coutume de porter cette argile, puis ils gagnèrent l’Irlande à la recherche de leur héritage. Comme il est d’usage, ils se partagèrent l’Irlande.
Avec Sláine mac Dela meic Lot, leur troisième troupe aborda à Inber Slaine : sa cinquième s’étend d’Inber Colptha jusqu’au Comar Tri nUisce ; son effectif était de mille hommes. La seconde troupe aborda à Inber Dubglaisi avec Gand et Sengand : leur effectif était de deux mille hommes — Gand depuis le Comar jusqu’à Belach Conglais, Sengand depuis Belach Conglais jusqu’à Luimneach, c’est-à-dire sur les deux cinquièmes du Munster. Genann et Rudraige, avec un tiers de l’armée, abordèrent à Inber Domnann [c’est pourquoi ils sont appelés Fir Domnann] — Genann sur la cinquième de Medb et d’Ailill, Rudraige sur la cinquième de Conchobar : leur effectif était de deux mille hommes.
Les Fir Domnann, du nom d’Inber Domnann, le nom de la crique où ils abordèrent, sont ainsi appelés ; ou bien Fir Domnann, c’est-à-dire fir domain-fonn (« hommes du creusement profond de la terre »), c’est-à-dire des hommes qui avaient coutume d’approfondir le mundus, ou le monde. Les Fir Bolg, quant à eux, tirent leur nom des sacs (bolg) dans lesquels ils avaient l’habitude de transporter la terre. Les Gailioin, c’est-à-dire gaei-lín (« lances-comptage »), sont ainsi appelés à cause de leurs lances : car c’est par leurs lances qu’ils étaient renommés. Ou bien Gailioin, c’est-à-dire gaileoin ou gail-fian (« guerriers de vaillance ») ; le troisième groupe qui exerçait l’autorité sur les deux autres tiers. Les Fir Bolg sont le peuple du portage, les Fir Domnann le peuple du creusement, et les Gailioin le peuple qui exerçait l’autorité sur eux.
Ils constituent une seule prise et une seule principauté, car ils étaient cinq frères, les cinq fils de Dela mac Lot[fils d’Artuat]. En une seule semaine ils abordèrent : le samedi, aux calendes d’août, Sláine aborda à Inber Slaine ; le mardi, les deux autres, Gand et Sengand ; le vendredi les deux autres encore, Genann et Rudraige. Ainsi ils constituent une seule prise, bien qu’ils aient porté des noms différents. Les Gailioin sont le nom donné à Sláine et à son peuple ; les Fir Bolg sont le nom donné à Gand et Sengand[bien que ce ne soit pas le nom le plus spécifique pour eux] ; les Fir Domnann, nommés d’après la crique, sont Genann et Rudraige avec leurs peuples. Quoi qu’il en soit, ils sont tous appelés Fir Bolg, et leur règne sur l’Irlande dura trente-sept ans.
288 — Sláine, l’aîné des fils de Dela, régna un an sur la royauté d’Irlande, car aucun roi n’était appelé « roi d’Irlande » avant l’arrivée des Fir Bolg. Ils donnèrent la royauté à Sláine, jusqu’à ce qu’il tombât à Dind Rig, autrement appelé Duma Sláini. C’est lui qui mourut le premier parmi les Fir Bolg en Irlande.
Aucun roi, ainsi nommé, ne prit la royauté d’Irlande avant l’arrivée des Fir Bolg, et ils donnèrent la royauté à Sláine mac Dela, car il était l’aîné des fils de Dela. Sláine régna d’abord un an, jusqu’à ce qu’il mourût à Dind Rig.
Deux ans régnèrent Rudraige, jusqu’à ce qu’il mourût au Brug. Quatre Gand et Genann, jusqu’à ce qu’ils mourussent de la peste à Fremaind. Cinq Sengand, jusqu’à ce qu’il tombât aux mains de Fiacha mac Stairn. Fiacha Cendfinnan cinq ; [toutes les vaches d’Irlande avaient la tête blanche sous son règne], jusqu’à ce qu’il tombât aux mains de Rindail mac Genainn. Six ans Rindail, jusqu’à ce qu’il tombât aux mains de Fodbgen mac Sengaind, lors de la bataille de Craeb.
Fodbgen mac Sengaind, c’est en son temps que les nœuds poussèrent dans les arbres ; jusqu’à ce qu’il tombât à Mag Muirthemne aux mains d’Eochu mac Eirc meic Rindail. Eochu eut dix ans jusqu’à l’arrivée des Túatha Dé Danann. Il fut le dernier roi des Fir Bolg.
Ainsi se totalisent les trente-sept années de la royauté des Fir Bolg.
289 — Ainsi, par la suite, ils prirent part à la grande bataille de Mag Tuired, chez les Conmaicne de Cul Tolad, en Connacht. Eochu mac Eirc était roi d’Irlande à cette époque. Il n’y avait alors d’humidité que la rosée, et aucune année sans récolte. Le mensonge fut expulsé d’Irlande en son temps, et c’est par lui que fut exercée pour la première fois la loi de justice en Irlande. Nuadu mac Echtuig meic Etarlaim était roi des Túatha Dé Danann.
Bon était ce roi Eochu mac Eirc. Il n’y avait alors aucune pluie, seulement la rosée. Il n’y avait aucune année sans récolte. Les mensonges furent expulsés d’Irlande en son temps. C’est par lui que la loi de justice fut pour la première fois appliquée en Irlande. Les Túatha Dé Danann offrirent alors aux Fir Bolg la bataille ou la royauté, et ensuite ils prirent part à la grande bataille de Mag Tuired, chez les Conmaicne de Cul Tolad, en Connachta. Eochu mac Eirc était roi d’Irlande à cette époque, et Nuadu mac Echtuig meic Etarlaim était roi des Túatha Dé Danann
Les Fir Bolg leur livrèrent bataille, la bataille de Mag Tuired, et ils combattirent longtemps cette bataille. Enfin, elle tourna contre les Fir Bolg, et le massacre fut poussé vers le nord, et onze cents d’entre eux furent tués depuis Mag Tuired jusqu’à rivage d’Eochaill. Là, le roi [Eochu mac Eirc] fut atteint, et il y tomba sous les coups des trois fils de Nemed [fils de Badra ; Cessarb, Luam et Luachra étaient leurs noms].
290 — Cependant les Túatha Dé Danann subirent de grandes pertes dans cette bataille, et ils laissèrent leur roi sur ce champ de bataille, le bras coupé depuis l’épaule. Les médecins travaillèrent sept ans à sa guérison, [et on lui mit un bras d’argent].
Ainsi dit-on
Poème L
Sreng mac Sengaind aux lances, dans la dure bataille de Cunga des blessures, porta un coup au noble Nuada, et lui trancha du côté droit le bras droit.
Aucune forteresse n’est comptée comme ayant été creusée, ni aucun lac comme ayant jailli, ni aucune plaine comme ayant été défrichée, au temps des Fir Bolg. Et à ce sujet chanta Tanaide —
Poème XLVII
Les Fir Bolg furent ici pour un temps dans la grande île des fils de Míl ; les cinq chefs qu’ils amenèrent avec eux de là-bas, je connais leurs noms.
Sláine régna un an, cela est vrai, jusqu’à ce qu’il mourût dans son noble tertre ; le premier homme des Fir Bolg des sommets qui mourut dans l’île d’Irlande.
Deux années de Rudraige le Rouge, jusqu’à ce qu’il mourût à Brúg Bratruad. Quatre de Genann et de Gand, jusqu’à ce que la peste les emporte à Fremaind.
Fiacha Cendfinnan avant tous, son nom demeure à jamais ; tous à tête blanche, sans reproche, étaient les vaches d’Irlande en sa présence.
Jusqu’à ce qu’il tombât aux mains du rouge Rindail, il eut six [années] avec sa troupe libre ; le petit-fils de Dela tomba alors à Eba, des mains de Fodbgen.
Quatre au noble Fodbgen jusqu’à la bataille de Muirthemne des nobles : Fodbgen mourut sans reproche des mains du fils d’Erc, du noble Eochu.
Dix années à Eochu mac Eirc, il ne trouva pas la limite de la faiblesse : jusqu’à ce qu’ils le tuèrent sur le champ de bataille, les trois fils de Nemed mac Badrai.
Jusqu’à ce que Rindail grandît, il n’y eut aucun tranchant du tout sur une arme en Irlande ; sur les lances dures il n’y avait pas de belle pointe, elles n’étaient que des bâtons de jet.
Du temps de Fodbgen ensuite apparurent des nœuds dans les arbres : les bois d’Irlande jusque-là étaient lisses et très droits.
Les agréables Túatha Dé Danann apportèrent des lances avec eux dans leurs mains ; par elles Eochu fut tué, par la race de Nemed au jugement puissant.
Les noms des trois nobles fils de Nemed étaient Cessarb, Luam et Luachra ; ce sont eux qui frappèrent de leurs lances Eochu mac Eirc, premier roi d'Irlande.
Ensuite les Túatha Dé livrèrent bataille contre les Fir Bolg ; terrible fut l'affrontement. Ils leur ravirent leurs biens ainsi que leur souveraineté sur le pays.
291 — Maintenant les Fir Bolg furent détruits dans cette bataille, sauf un petit nombre : et ce petit nombre des Érainn s’enfuit devant les Túatha Dé Danann, et aborda à Ara, à Ile et à Rachra, ainsi que dans les îles des étrangers, et dans d’autres îles encore, comme on dit en Bretagne. Et ils y restèrent jusqu’au temps des Provinces sur l’Irlande [et ce sont eux qui amenèrent les Fomoire à la dernière bataille de Mag Tuired]. Ensuite les Cruithnes les chassèrent des îles où ils se trouvaient, et ils vinrent ensuite auprès de Cairpre Nia Fer, qui leur donna des terres. Mais ils ne purent y demeurer, à cause de la lourdeur de l’impôt qu’il leur imposa. Ils vinrent alors en fuite devant Cairpre, sous la protection de Medb et Ailill, qui leur donnèrent des terres ; et c’est là l'errance des fils d’Umor. [Óengus mac Umoir était roi sur eux en Orient.] De eux sont nommés les terres qu’ils reçurent là : à savoir Loch Cime d’après Cime Ceithirchind, et la pointe de Taman en Medraige, et Loch Cutra, et la pointe de Ber, et Modlind, et Dún Óengusa en Ara, et Carn Conall dans le territoire d’Aidne, et la Plaine d’Adar mac Umoir le poète, et la Crête d’Asal, et la Plaine de Main mac Umoir l’autre poète, et le lac d’Uar mac Umoir. Et ils furent dans des forteresses et dans des îles de la mer autour de l’Irlande de cette manière, jusqu’à ce que les Ulates les écrasèrent, en compagnie de Cú Chulainn, Conall Cernach, Ros mac Dedaid, Cét mac Mágach, etc.
Aucune forteresse n’est comptée comme ayant été creusée, ni aucun lac comme ayant fait irruption, ni aucune plaine comme ayant été défrichée, au temps de la prise des Fir Bolg.
292 — Certains disent que les trois communautés d’Irlande qui ne sont pas de souche goïdélique descendent des Fir Bolg : les Gabráige de la Suc, en Connachta, les Uí Thairsig du Leinster, en Uí Failge, et les Gailioin du Leinster. C’est à propos de cette errance des fils d’Umor que fut prononcé ce qui suit :
Poème LI
Sreng mac Sengaind aux lances, dans la dure bataille de Cunga des blessures, porta un coup au noble Nuada, et lui trancha du côté droit le bras droit.
293 — Les Fir Bolg partagèrent l’Irlande en cinq portions, comme nous l’avons dit plus haut. La cinquième de Gand est celle sur laquelle régnait Cairpre Nia Fer, c’est-à-dire depuis la Boyne jusqu’au Comar Tri nUisce. La cinquième de Sengand est celle sur laquelle régnait Eochu mac Luchta. La cinquième de Sláine est celle sur laquelle régnait Dedad mac Sin. La cinquième de Genann est celle sur laquelle régnait Ailill mac Mata. La cinquième de Rudraige est celle sur laquelle régnait Conchobar mac Nessa. Telle est donc la division qui demeurera à jamais en Irlande ; c’est à son sujet que fut chanté ce qui suit :
Telle est l’errance des Fir Bolg ; à son sujet, le savant historien chanta :
Poème XLVII
Les Fir Bolg furent ici pour un temps dans la grande île des fils de Míl ; les cinq chefs qu’ils amenèrent avec eux de là-bas, je connais leurs noms.
Sláine régna un an, cela est vrai, jusqu’à ce qu’il mourût dans son noble tertre ; le premier homme des Fir Bolg des sommets qui mourut dans l’île d’Irlande.
Deux années de Rudraige le Rouge, jusqu’à ce qu’il mourût à Brúg Bratruad. Quatre de Genann et de Gand, jusqu’à ce que la peste les emporte à Fremaind.
Fiacha Cendfinnan avant tous, son nom demeure à jamais ; tous à tête blanche, sans reproche, étaient les vaches d’Irlande en sa présence.
Jusqu’à ce qu’il tombât aux mains du rouge Rindail, il eut six [années] avec sa troupe libre ; le petit-fils de Dela tomba alors à Eba, des mains de Fodbgen.
Quatre au noble Fodbgen jusqu’à la bataille de Muirthemne des nobles : Fodbgen mourut sans reproche des mains du fils d’Erc, du noble Eochu.
Dix années à Eochu mac Eirc, il ne trouva pas la limite de la faiblesse : jusqu’à ce qu’ils le tuèrent sur le champ de bataille, les trois fils de Nemed mac Badrai.
Jusqu’à ce que Rindail grandît, il n’y eut aucun tranchant du tout sur une arme en Irlande ; sur les lances dures il n’y avait pas de belle pointe, elles n’étaient que des bâtons de jet.
Du temps de Fodbgen ensuite apparurent des nœuds dans les arbres : les bois d’Irlande jusque-là étaient lisses et très droits.
Les agréables Túatha Dé Danann apportèrent des lances avec eux dans leurs mains ; par elles Eochu fut tué, par la race de Nemed au jugement puissant.
Les noms des trois nobles fils de Nemed étaient Cessarb, Luam et Luachra ; ce sont eux qui frappèrent de leurs lances Eochu mac Eirc, premier roi d'Irlande.
Ensuite les Túatha Dé livrèrent bataille contre les Fir Bolg ; terrible fut l'affrontement. Ils leur ravirent leurs biens ainsi que leur souveraineté sur le pays.
Quant aux Fir Bolg, ils amenèrent avec eux cinq chefs, ut dixi supra (« comme je l’ai dit plus haut »), à savoir Gand, Genann, Rudraige, Sengand et Sláine : c’étaient les cinq fils de Dela. Puis venaient leurs cinq épouses : Anust, Liber, Cnucha, Fúat et Etar, ut dictum est (« comme il a été dit »).
Poème XLVI
Fúat, épouse de Sláine, tu ne la juges pas infirme (ou déformée), Etar, épouse de Gand plein de vaillance, Anust, épouse de Sengand aux lances, Cnucha, qui fut l’épouse du pur Genann.
Liber, épouse de Rudraige de la route, un peuple doux, qui n’était pas étroit : Rudraige, maître des ruses, je suppose que Fúat était son épouse.
Telle est la division que les provinces d’Irlande conserveront à jamais, telle que les Fir Bolg l’établirent. Afin d’en conserver la mémoire, l’historien chanta ce qui suit :
Poème LII
Les cinq cinquièmes de la noble Irlande, ils reçurent de très beaux rois ; ils demeureront parmi vous, par les chants que je compose, les bornes où ils se rejoignirent.
Le cinquième de Medb, que les exploits ennoblissent, afin que toute vaillance fût virile ; depuis Luimneach, d’un élan sans mort, jusqu’à Dub et Drobais.
Depuis Drobais vers l’est, agréable est le récit, le cinquième du Conchobar au poing brun ; jusqu’à Inber Colptha des batailles, le cinquième des Ulates si glorieux.
Depuis le rivage d’Inber Colptha, de là, jusqu’à la Rencontre des Trois Eaux, — que ce soit pour toi une pleine et généreuse enceinte de terres nommées — le cinquièmedes Gailioin au casque.
Depuis la Rencontre des froides Eaux, le cinquième d’Eochu Abratruad ; jusqu’au tertre dominant les flots, jusqu’au Défilé de Cuglas le farouche.
Depuis Belach Conglais de l’effroi, le cinquième de Cú Roí mac Dáire ; une demeure sur la terre fertile et féconde, jusqu’à Luimneach aux longs navires.
Autour de la pierre d’Uisnech la froide, dans la plaine de Mide aux troupes de cavaliers, à son sommet — beau partage commun — se trouve le point de partage de toutes les provinces.
Or les Gailioin et les Fir Domnann étaient tous descendants de Semeon. Trente ans après Genann et Rudraige, les T£atha Dé Danann arrivèrent en Irlande.
294 — Quant aux Fir Bolg, ils amenèrent avec eux cinq chefs, ut dicitur (« comme on le dit ») : Gand, Genann, Rudraige, Sengand et Sláine ; c’étaient les cinq fils de Dela. Puis venaient leurs cinq épouses : Anust, Liber, Cnucha, Fúad et Altar, ut dicitur (« comme on le dit »).
Poème XLVI
Fúat, épouse de Sláine, tu ne la juges pas infirme (ou déformée), Etar, épouse de Gand plein de vaillance, Anust, épouse de Sengand aux lances, Cnucha, qui fut l’épouse du pur Genann.
Liber, épouse de Rudraige de la route, un peuple doux, qui n’était pas étroit : Rudraige, maître des ruses, je suppose que Fúat était son épouse.
295 — Les Fir Bolg se répartirent en trois groupes [et divisèrent l’Irlande en cinq]. Avec Sláine mac Dela meic Lot, son tiers aborda à Inber Sláine ; sa cinquième s’étendait d’Inber Colptha jusqu’au Comar Tri nUisce ; son effectif était de mille hommes. Le deuxième tiers aborda à Inber Dubglaisi, avec Gand et Sengand ; leur effectif était de deux mille hommes. Gand reçut le territoire allant du Comar Tri nUisce à Belach Conglais ; Sengand, de Belach Conglais à Luimneach — c’est-à-dire les deux cinquièmes du Munster. Genann et Rudraige, avec le troisième tiers de l’armée, abordèrent à Inber Domnann [et ce sont eux les Fir Domnann, dont la crique tire son nom]. Genann mac Dela régna sur la cinquième de Medb et Ailill ; Rudraige sur la cinquième de Conchobar ; leur effectif était de deux mille hommes. Tels étaient les Fir Bolg, les Fir Domnann et les Gailioin.
Les Fir Domnann tirent leur nom du creusement profond de la terre ; les Fir Bolg tirent leur nom des sacs ; les Gailioin tirent leur nom de leurs javelines — gai lin, c’est-à-dire à cause de la multitude de leurs javelines.
Les Fir Domnann tirent leur nom du creusement profond de la terre ; les Fir Bolg tirent leur nom des sacs ; quant aux Gailioin, ils tirent leur nom des javelines de combat : ou bien ga lin était le nom des sages qu’ils avaient.
et ils constituent une seule prise et une seule principauté, car ils étaient cinq frères, les cinq fils de Dela mac Lot. Et en une seule semaine ils prirent possession du pays, bien que les jours fussent différents. Le samedi, aux calendes d’août, Slái,e aborda à Inber Slaine. Le mardi, Gand et Sengand abordèrent. Le vendredi, enfin, Genann et Rudraige abordèrent ; et ainsi c’est une seule prise, bien qu’ils aient porté des noms différents. Les Gailioin, c’est Sláine qui leur donne leur nom. Les Fir Bolg tirent leur nom de Gand et de Sengand. Les Fir Domnann tirent leur nom du creusement profond de la terre : ce sont Genann et Rudraige avec leurs compagnons. Cependant, tous sont appelés « Fir Bolg » ; et la durée de leur domination sur l’Irlande fut de trente-sept ans.
296 — Sláine, l’aîné des fils de Dela fils de Lot fils de Toirrthecht fils de Tribuat fils de Gothorb fils de Gosten fils de Oirrthecht fils de Semeon fils de Erglan fils de Beoan fils de Starn fils de Nemed fils de Agnomain ; et aucun roi n’avait été appelé « roi d’Irlande » avant l’arrivée des Fir Bolg. Neuf rois d’entre eux régnèrent sur l’Irlande. Sláine eut un an [jusqu’à ce qu’il mourût à Dind Rig, c’est-à-dire à Duma Sláini]. C’est lui le premier des Fir Bolg à mourir en Irlande, au commencement. Rudraige eut cinq [ou deux] ans, jusqu’à ce qu’il mourût au Brug. Gand et Genann, quatre ans, jusqu’à ce qu’ils mourussent de la peste à Fremaind. Sengand, cinq ans, jusqu’à ce qu’il tombât aux mains de Fiacha Cendfindain mac Stairn. Fiacha, cinq ans — toutes les vaches d’Irlande avaient la tête blanche en son temps — jusqu’à ce qu’il tombât aux mains de Rindail mac Genainn meic Dela. Rindail, six ans, et en son temps on plaça des pointes sur les armes, jusqu’à ce qu’il tombât aux mains de Fodbgen mac Sengaind de Sengand ,lors de la bataille de Craeb. Bodbgen, quatre ans, [et en son temps poussèrent des nœuds sur les arbres], jusqu’à ce qu’il tombât à Mag Muirthemne aux mains d’Eochu mac Eirc meic Genainn meic Dela. Eochu mac Eirc eut dix ans de royauté, et en son temps il n’y avait pas de pluie, seulement la rosée ; il n’y avait pas d’année sans récolte ; les mensonges furent expulsés d’Irlande en son temps. C’est par lui que fut exercée pour la première fois la loi de justice. Eochu tomba aux mains des trois fils de Nemed mac Badrai, et il est le premier homme à être mort d’un coup de lance en Irlande. Il était roi des Fir Bolg lorsque les Túatha Dé Danann arrivèrent en Irlande. Nuadu mac Echtuig meic Etarlaim était roi des Túatha Dé Danann à cette époque.
297 — Et les Fir Bolg leur livrèrent bataille sur la plaine de Mag Tuired, et ils combattirent longtemps. Finalement, la bataille tourna contre les Fir Bolg ; le massacre se poursuivit vers le nord, et cent mille d'entre eux furent tués, depuis ce lieu jusqu'àu rivage d’Eochaill. C'est là que le roi Eochu fut rattrapé et tomba sous les coups des trois fils de Nemed mac Badrai : Cessarb, Luam et Luachra, tels étaient leurs noms. Il était le dernier souverain des Fir Bolg.
Belochus, roi suprême des Assyriens, détenait alors la haute royauté, à l'époque de la bataille de Mag Tuired de Cong et de la venue des Túatha Dé Danann en Irlande.
298 — Pourtant, les Túatha Dé Danann subirent de lourdes pertes au cours de la bataille, et ils laissèrent leur roi sur le champ de bataille, le bras tranché. Les médecins (ou guérisseurs) étaient en train de le soigner, comme le dit le poète dans ce quatrain :
Poème L
Sreng mac Sengaind aux lances, dans la dure bataille de Cunga des blessures, porta un coup au noble Nuada, et lui trancha du côté droit le bras droit.
Ainsi, les Fir Bolg tombèrent dans cette bataille, à l'exception d'un petit nombre. Ils s'enfuirent d'Irlande devant les Túatha Dé Danann et abordèrent à Ara, Ile, Rachra, la Bretagne, ainsi que dans d'autres îles. Ce furent eux, par la suite, qui conduisirent les Fomoire à la seconde bataille de Mag Tuired. Ils demeurèrent dans ces îles jusqu'au temps où les provinciaux dominaient l'Irlande, c'est-à-dire jusqu'à ce que les Cruithnes les en chassent. Ils vinrent alors trouver Cairpre Nia Fer, qui leur accorda des terres. Mais ils ne purent y rester, en raison du lourd tribut qu'il leur imposait. Ils s'enfuirent ensuite devant Cairpre et se placèrent sous la protection d'Ailill et de Medb, lesquels leur attribuèrent des terres. Telle est l'errance des fils d'Umor. Óengus mac Umoir, régnait sur eux dans l'est. Plusieurs lieux tirent leur nom de ces hommes : Loch Cime, de Cime Ceithirchind mac Umoir ; la pointe de Taman en Medraige, de Taman mac Umoir ; Dún Óengusa, dans Ara, d'Óengus ; le Cairn de Conall, dans Aidne, de Conall ; la Plaine d'Adar, d'Adar ; et la plaine d'Asal en Minna, d'Asal, lui aussi fils d'Umor. Main mac Umoir, était leur poète. Ils vécurent ainsi dans des forteresses et sur les îles qui entourent l'Irlande, jusqu'à ce que Cú Chulainn les anéantît. Au sujet de cette errance des fils d'Umor, ainsi que des noms de leurs chefs et des terres qui portaient leur nom, l'historien composa le chant suivant :
Poème LI
Sreng mac Sengaind aux lances, dans la dure bataille de Cunga des blessures, porta un coup au noble Nuada, et lui trancha du côté droit le bras droit.
299 — Et l'on ne rapporte qu'aucun fort ni retranchement n'ait été creusé, qu'aucun lac n'ait jailli, ni qu'aucune plaine ait été défrichée au temps des Fir Bolg. De leur descendance proviennent les trois communautés établies en Irlande qui ne sont pas de souche goidélique : à savoir les Gabráige de Suc, en Connacht, les Uí Thairsig, et les Gailioin, en Leinster. Telles furent les aventures des Fir Bolg, et c'est à leur sujet que l'historien composa le chant suivant :
Poème XLVII
Les Fir Bolg furent ici pour un temps dans la grande île des fils de Míl ; les cinq chefs qu’ils amenèrent avec eux de là-bas, je connais leurs noms.
Sláine régna un an, cela est vrai, jusqu’à ce qu’il mourût dans son noble tertre ; le premier homme des Fir Bolg des sommets qui mourut dans l’île d’Irlande.
Deux années de Rudraige le Rouge, jusqu’à ce qu’il mourût à Brúg Bratruad. Quatre de Genann et de Gand, jusqu’à ce que la peste les emporte à Fremaind.
Fiacha Cendfinnan avant tous, son nom demeure à jamais ; tous à tête blanche, sans reproche, étaient les vaches d’Irlande en sa présence.
Jusqu’à ce qu’il tombât aux mains du rouge Rindail, il eut six [années] avec sa troupe libre ; le petit-fils de Dela tomba alors à Eba, des mains de Fodbgen.
Quatre au noble Fodbgen jusqu’à la bataille de Muirthemne des nobles : Fodbgen mourut sans reproche des mains du fils d’Erc, du noble Eochu.
Dix années à Eochu mac Eirc, il ne trouva pas la limite de la faiblesse : jusqu’à ce qu’ils le tuèrent sur le champ de bataille, les trois fils de Nemed mac Badrai.
Jusqu’à ce que Rindail grandît, il n’y eut aucun tranchant du tout sur une arme en Irlande ; sur les lances dures il n’y avait pas de belle pointe, elles n’étaient que des bâtons de jet.
Du temps de Fodbgen ensuite apparurent des nœuds dans les arbres : les bois d’Irlande jusque-là étaient lisses et très droits.
Les agréables Túatha Dé Danann apportèrent des lances avec eux dans leurs mains ; par elles Eochu fut tué, par la race de Nemed au jugement puissant.
Les noms des trois nobles fils de Nemed étaient Cessarb, Luam et Luachra ; ce sont eux qui frappèrent de leurs lances Eochu mac Eirc, premier roi d'Irlande.
Ensuite les Túatha Dé livrèrent bataille contre les Fir Bolg ; terrible fut l'affrontement. Ils leur ravirent leurs biens ainsi que leur souveraineté sur le pays.
C'est de cette prise de possession, des hauts faits d'Eochu mac Eirc, pour célébrer sa mémoire et exposer avec soin tout ce qu'il faut en savoir, que Colum Cille composa éloquemment le poème que voici :
C'est de cette même prise de possession des Fir Bolg, de leur histoire depuis l'origine jusqu'à la fin, de leurs aventures en toutes les contrées, des hauts faits d'Eochu mac Eirc, afin de célébrer sa souveraineté et sa droiture, et d'exposer avec soin tout ce que l'on sait de lui, que Colum Cille, le premier des poètes des Gaëls, composa ce chant, attestant ainsi son excellence.
Poème XLVIII
Fais donc ma réfutation, mon fils, dis-moi des nouvelles avec vigueur ; il est longtemps depuis que tout mal s’est répandu au dehors après que le corps d’Eochu mac Eirc fut blessé.
Eochu mac Eirc, qui était suffisant en vertu — meilleur que tout roi sauf le Christ sans tache — cet homme est le premier roi d’Irlande, qui fut blessé dans la blanche Inis Fail.
Les trois fils de Nemed des batailles le tuèrent : de la descendance de Nemed ils nomment des guerriers : ils plantèrent en lui des pieux d’angoisse, si bien qu’ils le placèrent sous des monceaux sordides.
En elle (l’Irlande) il n’y avait ni paix ni repos, dans l’assemblée c’était une folie de douleur, depuis Eochu, qui était paisible et libre, jusqu’au temps du fils du grand Míl.
Grande était l’activité des navigateurs à l’heure du lever du soleil — la perte du fils d’Erc, c’était un péril dans une citadelle : les hommes en sacs, qui étaient grands en force, ils divisèrent l’île élevée du pur Art.
La plaine d’Ériu jusqu’à Slanga, une portion depuis le Nith perlé vers le sud jusqu’à l’Assemblée, un secret enveloppé, des trois eaux, des trois rapides.
À Gand sans combat, sans tristesse, il revint à Belach Conglais : Sengand du Passage du Chien l’honneur s’étendit pour lui jusqu’à Luimneach.
Genann mémorable lia son secret du Luimneach jusqu’à Ess Ruaid : celui du très noble roi Rudraige s’étendait de là jusqu’à la plage de Baile mac Búain.
Dure est la troupe qui les tourmenta, les Túatha Dé Danann venus de loin : ils débarquèrent — c’était une troupe rude et brillante — sur la montagne dure de Conmaicne Réin.
Ils tuèrent les Fir Bolg résistants, et dès lors il y eut des tombes de champions ; alors naquit une montée semblable à la colère chez le noble Nuada Airgetlám.
Le fils d’Ethliu des combats s’élança, Lug le parfait, homme doux et agréable et généreux ; grand guerrier, pour lui ce fut sanglant et fatal dans la bataille de Mag Tuired à l’ouest.
Ils atteignirent les promontoires d’Irlande : les fils du noble Míl arrivèrent ; en une terre fondatrice, une avancée au sud, on la vit depuis la Tour du grand Breogán.
Le premier homme de la lignée de Breogán harmonieux, appartenant à eux, qui mourut dans la grande Irlande, fut Dond mac Miled, Ir mis à part, de qui vient le nom de Tech Duinn des serviteurs.
Le premier homme qui fut enterré sans point de verdure en Irlande, qui était agréable dans son parure, Ladra, rude dans ses exploits était sa force, de qui vient le nom d’Ard Ladrann au sud.
Le premier homme qui fut noyé, parmi les multitudes vengeuses de la descendance des fils de Míl aux nombreux navires, Íth mac Breogain, qui était grand en actes, la vague l’emporta sur la grève.
La première femme qui alla en terre froide de la troupe venue de la Tour du blanc Breogán, Tea de Breg, épouse du roi, de qui vient le nom de Temair de l’homme de Fal.
Fille de Mag Mór, ce n’est pas un débat difficile, épouse d’Eochu Garb mac Dúach, Tailtiu, du bord de la noble assemblée, nourrice de Lug mac Scáil Bailb.
Il s’est accompli en Brefne (un acte) ferme un acte qui causera grande douleur, une douleur [...] à la fin la destruction du pèlerin venu de Rome.
Le puissant fils de Domnall accomplit la ruine de la couronne de sa hauteur — cela sera sinistre — il n’y aura pas en Irlande, sans reproche, ni femme ni famille ni maison ni fumée.
Je suis Colum de Druim Deán, ce ne fut pas longtemps pour lui que l’histoire apporta douleur (?) Le meurtre du fils d’Erc près de la mer, c’est une cause de pleurs et de larmes.
300 — Les Fir Bolg partagèrent l'Irlande en cinq provinces, comme nous l'avons dit plus haut. La province de Genann (qu'il faut lire Gand) était celle sur laquelle régnait Cairpre mac Rossa. La province de Sengand était celle sur laquelle régnait Eochu mac Luchta. La province de Sláine était celle sur laquelle régnait Dedad mac Sin. La province de Genann était celle sur laquelle régnait Ailill mac Mata. La province de Rudraige était celle sur laquelle régnait Conchobar mac Nessa. Telle est donc la répartition selon laquelle les provinces d'Irlande devaient désormais subsister, telle que les Fir Bolg les avaient établies.
En mémoire de ce partage, l'historien composa le chant suivant :
Poème LII
Les cinq cinquièmes de la noble Irlande, ils reçurent de très beaux rois ; ils demeureront parmi vous, par les chants que je compose, les bornes où ils se rejoignirent.
Le cinquième de Medb, que les exploits ennoblissent, afin que toute vaillance fût virile ; depuis Luimneach, d’un élan sans mort, jusqu’à Dub et Drobais.
Depuis Drobais vers l’est, agréable est le récit, le cinquième du Conchobar au poing brun ; jusqu’à Inber Colptha des batailles, le cinquième des Ulates si glorieux.
Depuis le rivage d’Inber Colptha, de là, jusqu’à la Rencontre des Trois Eaux, — que ce soit pour toi une pleine et généreuse enceinte de terres nommées — le cinquièmedes Gailioin au casque.
Depuis la Rencontre des froides Eaux, le cinquième d’Eochu Abratruad ; jusqu’au tertre dominant les flots, jusqu’au Défilé de Cuglas le farouche.
Depuis Belach Conglais de l’effroi, le cinquième de Cú Roí mac Dáire ; une demeure sur la terre fertile et féconde, jusqu’à Luimneach aux longs navires.
Autour de la pierre d’Uisnech la froide, dans la plaine de Mide aux troupes de cavaliers, à son sommet — beau partage commun — se trouve le point de partage de toutes les provinces.
Quant à la descendance de Semeon, elle comprend tout entière les Gailioin, les Fir Bolg et les Fir Domnann. Trente ans après Genann et Rudraige, les Túatha Dé Danann vinrent en Irlande. Telle est donc l'histoire de la prise de possession de l'Irlande par les Fir Bolg, jusqu'à ce point. Et l'Irlande demeura déserte pendant deux cents ans, depuis la prise de la Tour de Conaing jusqu'à l'arrivée des Fir Bolg.
Ici suivent les synchronismes.
Voici le récit des années qu’il contenait. La souveraineté des Assyriens s’étendait alors sur le monde, et même par la suite.
301 — La synchronisation des rois du monde avec les rois des Fir Bolg est ici exposée. C’est à la fin de la domination des Chaldéens que les Fir Bolg vinrent en Irlande. Ballastar fut leur dernier prince. C’est à lui qu’apparut le poing sans bras, écrivant. Et ce qu’il écrivit était : MANE, THECEL et PHARES, « nombre », « poids » et « division ». Contre lui, Cyrus, fils de Darius, prit Babylone et tua Ballastar. C’est ce même Cyrus qui délivra les captifs de Jérusalem, après qu’ils eurent été en servitude durant soixante-dix ans.
302 — La souveraineté des Perses succéda alors à celle des Mèdes. Ils eurent douze rois dans leur domination et régnèrent pendant deux cent trente ans. Ils étaient issus de la race d’Élam, fils de Sem, fils de Noé, et furent appelés Élamites jusqu’au temps de Persée, fils de Jupiter ; mais dès lors ils furent nommés Perses. Celui qui fut leur premier roi était Cyrus, fils de Darius. Il régna trente ans, jusqu’à ce qu’il tombât aux mains des Scythes, entouré de trois cent mille hommes. C’est lui qui fit sortir de Babylone les cinquante mille captifs de Jérusalem, ainsi que cinq mille vases d’or et plusieurs milliers de vases d’argent. Puis régna Cambyse, fils de Cyrus. Il régna huit ans, jusqu’à ce que ses propres mages le tuassent. À cette époque, Eochu mac Eirc, était roi en Irlande. Telles sont les trente-sept années durant lesquelles les Fir Bolg furent en Irlande — depuis la première année du règne de Cyrus, fils de Darius, jusqu’à la septième année de Cambyse, fils de Cyrus. En sa huitième année, les Túatha Dé Danann vinrent en Irlande, et livrèrent la bataille de Mag Tuired contre les Fir Bolg, et tuèrent Eochu mac Eirc. Fin.
Résumé des Míniugud
303 — On interrompt ici les récits des Gaëls pour revenir à l’explication des cinq premières prises d’Irlande. Selon la chronologie, Partholon occupa l’Irlande au temps d’Abraham, environ 2600 ans après Adam, puis vint Nemed. Après Nemed surviennent les Fir Bolg, issus des fils de Dela, qui prennent possession de l’Irlande et se divisent le royaume en cinq parts sous cinq rois : Sláine, Rudraige, Genann, Gand et Sengand. Leur domination est brève et marquée par des successions rapides, des morts par peste, guerre et renversements. Le règne de Eochu mac Eirc est présenté comme une période d’ordre et de prospérité (absence de pluie, abondance des récoltes, établissement de la justice et expulsion du mensonge), mais il est aussi la fin de la domination des Fir Bolg. Il est finalement tué par les trois fils de Nemed, ce qui clôt leur lignée royale. Ainsi se termine la chronologie des rois des Fir Bolg et leur durée en Irlande, telle qu’elle est intégrée à la grande histoire universelle des prises de l’Irlande.
Poème XLVII
Les Fir Bolg furent ici pour un temps dans la grande île des fils de Míl ; les cinq chefs qu’ils amenèrent avec eux de là-bas, je connais leurs noms.
Sláine régna un an, cela est vrai, jusqu’à ce qu’il mourût dans son noble tertre ; le premier homme des Fir Bolg des sommets qui mourut dans l’île d’Irlande.
Deux années de Rudraige le Rouge, jusqu’à ce qu’il mourût à Brúg Bratruad. Quatre de Genann et de Gand, jusqu’à ce que la peste les emporte à Fremaind.
Fiacha Cendfinnan avant tous, son nom demeure à jamais ; tous à tête blanche, sans reproche, étaient les vaches d’Irlande en sa présence.
Jusqu’à ce qu’il tombât aux mains du rouge Rindail, il eut six [années] avec sa troupe libre ; le petit-fils de Dela tomba alors à Eba, des mains de Fodbgen.
Quatre au noble Fodbgen jusqu’à la bataille de Muirthemne des nobles : Fodbgen mourut sans reproche des mains du fils d’Erc, du noble Eochu.
Dix années à Eochu mac Eirc, il ne trouva pas la limite de la faiblesse : jusqu’à ce qu’ils le tuèrent sur le champ de bataille, les trois fils de Nemed mac Badrai.
Jusqu’à ce que Rindail grandît, il n’y eut aucun tranchant du tout sur une arme en Irlande ; sur les lances dures il n’y avait pas de belle pointe, elles n’étaient que des bâtons de jet.
Du temps de Fodbgen ensuite apparurent des nœuds dans les arbres : les bois d’Irlande jusque-là étaient lisses et très droits.
Les agréables Túatha Dé Danann apportèrent des lances avec eux dans leurs mains ; par elles Eochu fut tué, par la race de Nemed au jugement puissant.
Les noms des trois nobles fils de Nemed étaient Cessarb, Luam et Luachra ; ce sont eux qui frappèrent de leurs lances Eochu mac Eirc, premier roi d'Irlande.
Ensuite les Túatha Dé livrèrent bataille contre les Fir Bolg ; terrible fut l'affrontement. Ils leur ravirent leurs biens ainsi que leur souveraineté sur le pays.
Et ce poème, dont il est question plus loin, selon le témoignage de Colum Cille,
Poème XLVIII
Fais donc ma réfutation, mon fils, dis-moi des nouvelles avec vigueur ; il est longtemps depuis que tout mal s’est répandu au dehors après que le corps d’Eochu mac Eirc fut blessé.
Eochu mac Eirc, qui était suffisant en vertu — meilleur que tout roi sauf le Christ sans tache — cet homme est le premier roi d’Irlande, qui fut blessé dans la blanche Inis Fail.
Les trois fils de Nemed des batailles le tuèrent : de la descendance de Nemed ils nomment des guerriers : ils plantèrent en lui des pieux d’angoisse, si bien qu’ils le placèrent sous des monceaux sordides.
En elle (l’Irlande) il n’y avait ni paix ni repos, dans l’assemblée c’était une folie de douleur, depuis Eochu, qui était paisible et libre, jusqu’au temps du fils du grand Míl.
Grande était l’activité des navigateurs à l’heure du lever du soleil — la perte du fils d’Erc, c’était un péril dans une citadelle : les hommes en sacs, qui étaient grands en force, ils divisèrent l’île élevée du pur Art.
La plaine d’Ériu jusqu’à Slanga, une portion depuis le Nith perlé vers le sud jusqu’à l’Assemblée, un secret enveloppé, des trois eaux, des trois rapides.
À Gand sans combat, sans tristesse, il revint à Belach Conglais : Sengand du Passage du Chien l’honneur s’étendit pour lui jusqu’à Luimneach.
Genann mémorable lia son secret du Luimneach jusqu’à Ess Ruaid : celui du très noble roi Rudraige s’étendait de là jusqu’à la plage de Baile mac Búain.
Dure est la troupe qui les tourmenta, les Túatha Dé Danann venus de loin : ils débarquèrent — c’était une troupe rude et brillante — sur la montagne dure de Conmaicne Réin.
Ils tuèrent les Fir Bolg résistants, et dès lors il y eut des tombes de champions ; alors naquit une montée semblable à la colère chez le noble Nuada Airgetlám.
Le fils d’Ethliu des combats s’élança, Lug le parfait, homme doux et agréable et généreux ; grand guerrier, pour lui ce fut sanglant et fatal dans la bataille de Mag Tuired à l’ouest.
Ils atteignirent les promontoires d’Irlande : les fils du noble Míl arrivèrent ; en une terre fondatrice, une avancée au sud, on la vit depuis la Tour du grand Breogán.
Le premier homme de la lignée de Breogán harmonieux, appartenant à eux, qui mourut dans la grande Irlande, fut Dond mac Miled, Ir mis à part, de qui vient le nom de Tech Duinn des serviteurs.
Le premier homme qui fut enterré sans point de verdure en Irlande, qui était agréable dans son parure, Ladra, rude dans ses exploits était sa force, de qui vient le nom d’Ard Ladrann au sud.
Le premier homme qui fut noyé, parmi les multitudes vengeuses de la descendance des fils de Míl aux nombreux navires, Íth mac Breogain, qui était grand en actes, la vague l’emporta sur la grève.
La première femme qui alla en terre froide de la troupe venue de la Tour du blanc Breogán, Tea de Breg, épouse du roi, de qui vient le nom de Temair de l’homme de Fal.
Fille de Mag Mór, ce n’est pas un débat difficile, épouse d’Eochu Garb mac Dúach, Tailtiu, du bord de la noble assemblée, nourrice de Lug mac Scáil Bailb.
Il s’est accompli en Brefne (un acte) ferme un acte qui causera grande douleur, une douleur [...] à la fin la destruction du pèlerin venu de Rome.
Le puissant fils de Domnall accomplit la ruine de la couronne de sa hauteur — cela sera sinistre — il n’y aura pas en Irlande, sans reproche, ni femme ni famille ni maison ni fumée.
Je suis Colum de Druim Deán, ce ne fut pas longtemps pour lui que l’histoire apporta douleur (?) Le meurtre du fils d’Erc près de la mer, c’est une cause de pleurs et de larmes.
Traduction française par nos soins d'après la version bilingue de Macalister (1941).
Sources: • R.A.S. Macalister, (1941) - Lebor Gabala Erenn. The Book of the Taking of Ireland IV, 356p.
• Pierre Crombet pour l'Arbre Celtique
LIENS ANALOGIQUES
• Adar mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Abba à Aurthacht)]
• Agnoman [personnages de la mythologie irlandaise (de Abba à Aurthacht)]
• Anust [personnages de la mythologie irlandaise (de Abba à Aurthacht)]
• Asal mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Abba à Aurthacht)]
• Áenach mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Abba à Aurthacht)]
• Baile Bindberlach mac Búain [personnages de la mythologie irlandaise (de Baath à Buite)]
• Bairnech mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Baath à Buite)]
• Beoan mac Stairn [personnages de la mythologie irlandaise (de Baath à Buite)]
• Bera mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Baath à Buite)]
• Bovinda (Boyne) [fleuves & rivières (de Baetis à Brigulus)]
• Breogán mac Bratha [personnages de la mythologie irlandaise (de Baath à Buite)]
• Cermna mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Caelbad à Cutra)]
• Cessarb mac Nemid [personnages de la mythologie irlandaise (de Caelbad à Cutra)]
• Cét mac Mágach [personnages de la mythologie irlandaise (de Caelbad à Cutra)]
• Cime Ceithirchind mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Caelbad à Cutra)]
• Cing mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Caelbad à Cutra)]
• Cnuca [personnages de la mythologie irlandaise (de Caelbad à Cutra)]
• Concraide mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Caelbad à Cutra)]
• Cruithnes [Peuples, royaumes et lignages historiques d'Irlande]
• Cutra mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Caelbad à Cutra)]
• Dálach mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Dá Derga à Durgabul)]
• Dela mac Lot [personnages de la mythologie irlandaise (de Dá Derga à Durgabul)]
• Eochu mac Eirc [personnages de la mythologie irlandaise (de Eang à Eua)]
• Erglan mac Beoain [personnages de la mythologie irlandaise (de Eang à Eua)]
• Etar ben Gand [personnages de la mythologie irlandaise (de Eang à Eua)]
• Fiacha Cendfinnan mac Stairn [personnages de la mythologie irlandaise (de Fachtna à Furbaide)]
• Fir Bolg [Peuples et groupes mythiques ou légendaires d'Irlande]
• Fir Domnann [Peuples et groupes mythiques ou légendaires d'Irlande]
• Fir Gailioin [Peuples et groupes mythiques ou légendaires d'Irlande]
• Fodbgen mac Sengaind [personnages de la mythologie irlandaise (de Fachtna à Furbaide)]
• Fúat ben Sláine [personnages de la mythologie irlandaise (de Fachtna à Furbaide)]
• Gabráige [Peuples, royaumes et lignages historiques d'Irlande]
• Gand mac Dela [personnages de la mythologie irlandaise (de Gabur à Guala)]
• Genand mac Dela [personnages de la mythologie irlandaise (de Gabur à Guala)]
• grand livre de Lecan (Le) [manuscrits irlandais (Les)]
• Ir mac Miled [personnages de la mythologie irlandaise (de Iafeth à Iuchra)]
• Irgus mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Iafeth à Iuchra)]
• Íth mac Breogain [personnages de la mythologie irlandaise (de Iafeth à Iuchra)]
• Ladra mac Betha [personnages de la mythologie irlandaise (de Labhraidh à Lurga)]
• Lathrach mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Labhraidh à Lurga)]
• Lebor Gabála Érenn [Macalister] [ouvrages sur la spiritualité, mythologie et symbolisme]
• Liber ben Rudraige [personnages de la mythologie irlandaise (de Labhraidh à Lurga)]
• livre de Ballymote (Le) [manuscrits irlandais (Les)]
• livre de Fermoy (Le) [manuscrits irlandais (Les)]
• livre du Leinster (Le) [manuscrits irlandais (Les)]
• livre jaune de Lecan (Le) [manuscrits irlandais (Les)]
• Lot mac Oirthet [personnages de la mythologie irlandaise (de Labhraidh à Lurga)]
• Luach mac Nemid [personnages de la mythologie irlandaise (de Labhraidh à Lurga)]
• Luachra mac Nemid [personnages de la mythologie irlandaise (de Labhraidh à Lurga)]
• Main mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Mac an Daimh à Mulcha)]
• Míl mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Mac an Daimh à Mulcha)]
• Mód mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Mac an Daimh à Mulcha)]
• Nemed mac Badrai [personnages de la mythologie irlandaise (de Naoise à Nuadhat Neacht)]
• première bataille de Mag Tured (La) [textes mythologiques irlandais (Les)]
• Rawlinson B 512 [manuscrits irlandais (Les)]
• Rindail mac Genainn [personnages de la mythologie irlandaise (de Raichne à Rudraige)]
• rois d'Irlande (Les) [personnages celtiques (Les)]
• Rudraige mac Dela [personnages de la mythologie irlandaise (de Raichne à Rudraige)]
• seconde bataille de Mag Tured (La) [textes mythologiques irlandais (Les)]
• Sengand mac Dela [personnages de la mythologie irlandaise (de Sadb à Suibhne)]
• Sláine mac Dela [personnages de la mythologie irlandaise (de Sadb à Suibhne)]
• Sreng mac Sengaind [personnages de la mythologie irlandaise (de Sadb à Suibhne)]
• Starn mac Nemid [personnages de la mythologie irlandaise (de Sadb à Suibhne)]
• Starn mac Rudraige [personnages de la mythologie irlandaise (de Sadb à Suibhne)]
• Tailtiu [personnages de la mythologie irlandaise (de Tadg à Tummuc)]
• Taman mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Tadg à Tummuc)]
• Uar mac Umoir [personnages de la mythologie irlandaise (de Úaithne à Uthider)]
• Uí Failge [Peuples, royaumes et lignages historiques d'Irlande]
• Umor [personnages de la mythologie irlandaise (de Úaithne à Uthider)]