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Encyclopédie Celtique

Rivages maritimes (Ora Maritima) de R.-F. Aviénus [édition bilingue]

Les Rivages maritimes (Ora Maritima) de Rufus Festus Avienus

Edition bilingue

ORA MARITIMARIVAGES MARITIMES
[1] Quaesisse temet saepe cogitans, Probe,
animo atque sensu, Taurici ponti situs
capi ut ualeret his probabili fide
quos distinerent spatia terrarum extima,
[5] subi libenter id laboris, ut tibi
desideratum carmine hoc claresceret.
Fas non putaui quippe prolixa die
non subiacere sensui formam tuo
regionis eius quam uetustis paginis
[10] et quam per omnem spiritus nostri diem
secretiore lectione acceperam.
Alii inuidere namque, quod dispendio
tibi haud sit ullo, agrestis et duri reor.
His addo et illud, liberum temet loco
[15] mihi esse amore sanguinisque uinculo.
Neque sat sit istud, ni sciam te litteras
hiantibusque faucibus ueterum abdita
hausisse semper, esse patuli pectoris,
sensu capacem, talium iugem sitim
[20] tuo esse cordi et esse te prae ceteris
memorem intimati. Cur inefficaciter
secreta rerum in non tenacem effunderem ?
In non seguacem quis profunda ogganniat ?
Multa ergo, multa compulere me, Probe,
[25] efflagitatam rem tibi ut persoluerem.
Quin et parentis credidi officium fore,
desideratum si tibi locupletius
profusiusque Musa promeret mea.
Dare expetitum quippe non parci uiri est,
[30] augere porro muneris summam nouo
mentis benignae satque liberalis est.
Je rappelais à mon cœur et à mon esprit, que tu m'as souvent demandé Probus, comment les régions de la mer de Tauride peuvent être connues d'une manière presque certaine par les étrangers relégués aux extrémités de la terre ; et dans cette pensée j'ai entrepris ce travail avec joie, afin que mon poème t'éclairât sur ce que tu désires. J'ai cru qu'il ne m'était pas permis de rester plus longtemps sans te faire connaître la description de ce pays, à laquelle une lecture particulière des livres anciens et une étude de tous les jours de ma vie m'avaient initié ; car refuser à autrui une grâce qui ne vous nuit en rien, c'est, à mon avis, de la grossièreté et de la dureté. J'ajoute que tu m'es cher comme me tenant lieu d'enfant et m'étant uni par le sang ; motifs qui ne suffiraient pas, si je ne te connaissais pour t'être toujours largement abreuvé aux sources des lettres et des sciences, avec un cœur avide, avec une vaste intelligence ; si je ne savais la soif continuelle qui dévore ton âme, et combien tu l'emportes sur tous à retenir ce qui t'est confié pourquoi verserais-je inutilement les trésors de la science à un esprit qui ne les saurait contenir ? Pourquoi fatiguer par des vérités profondes des oreilles indifférentes ? Ainsi bien des raisons, Probus, m'ont déterminé à satisfaire à tes instances. J'ai pensé, de plus, que je remplirais un devoir de père, si ma Muse te dispensait ses faveurs avec une richesse et une profusion qui dépassassent tes désirs. Donner ce qu'on demande est d'un homme qui n'est pas avare ; mais ajouter au présent une grâce imprévue, voilà qui part d'un esprit bienveillant et libéral.

Interrogati, si tenes, Maeotici
situs quis esset aequoris. Sallustium
noram id dedisse, dicta et eius omnibus
[35] praeiudicatae auctoritatis ducier
non abnuebam. ad eius igitur inclytam,
descriptionem, qua locorum formulam
imaginemque expressor efficax stili
et ueritatis paene in optutus dedit
[40] lepore linguae, multa rerum iunximus
ex plurimorum sumpta commentariis.
Hecataeus istic quippe erit Milesius
Hellanicusque Lesbius, Phileus quoque
Atheniensis, Caryandaeus Scylax,
[45] Pausimachus inde, prisca quem genuit Samos,
quin et Damastus nobili natus Sige
Rhodoque Bacoris ortus, Euctemon quoque
popularis urbe Atticae Siculus Cleon,
Herodotus ipse Thurius, tum qui decus
[50] magnum loquendi est, Atticus Thucydides.
Tu m'as demandé, s'il t'en souvient, où est située la région du Palus-Méotide. Je savais que Salluste avait traité cette question ; je reconnaissais qu'il avait pris pour guides tous les auteurs d'une autorité éprouvée : c'est pourquoi, à la description brillante dans laquelle ce peintre si expressif et si vrai a mis, pour ainsi dire, sous les yeux la forme et l'image des lieux par le charme de son style, nous avons joint une foule de documents empruntés aux ouvrages d'un grand nombre d'écrivains. Car on y trouvera Hécatée de Milet, Hellanicus de Lesbos, Philéas d'Athènes, Scylax de Caryanda, Pausimaque qu'enfanta l'antique Samos, Damastes issu de la noble Sigé, Bacorus né à Rhodes, Euctémon qui habita Athènes, Cléon de Sicile, Hérodote lui-même, colon de Thurium, enfin cette gloire de l'éloquence, l'Athénien Thucydide.

Hic porro habebis, pars mei cordis Probe,
quicquid per aequor insularum attollitur
(per aequor illud scilicet, quod post caua
hiantis orbis a freto Tartessio
[55] Atlanticisque fluctibus procul sitam
in usque glaeba proruit nostrum mare)
sinusque curuos atque prominentia,
(ut se supino porrigat litus situ,
ut longe in undas inserant sese iuga)
[60] celsaeque ut urbes alluantur aequore,
quis ortus amnis maximos effuderit,
ut prona ponti gurgitem intrant flumina
ut ipsa rursum saepe cingant insulas
sinuentque late ut tuta portus bracchia,
[65] ut explicentur stagna, ceu iaceant lacus,
scruposum, ut alti uerticem montes leuent
stringatque nemora ut unda cana gurgitis.
Laboris autem terminus nostri hic erit,
Scythicum ut profundum et aequor Euxini sali
[70] et siquae in illo marmore insulae tument,
edisserantur. Reliqua porro scripta sunt
nobis in illo plenius uolumine,
quod de orbis oris partibusque fecimus.
Ut aperta uero tibimet intimatio
[75] sudoris huius et laboris sit mei
narrationem opusculi paulo altius
exordiemur. Tu per intimum iecur
prolata conde, namque fulcit haec fides
petita longe et eruta ex auctoribus.
Probus, chère partie de mon cœur, tu verras ici toutes les îles qui s'élèvent au milieu de la mer : je veux dire cette mer qui part du détroit ouvert entre deux mondes, et qui, des eaux de Tartessus et des flots de l'Atlantique, fait rouler jusqu'au sein des mers lointaines notre Méditerranée. Je te montrerai les golfes arrondis, les promontoires ; comment un rivage s'étale le long de la mer, et comment des collines s'avancent au loin dans le sein des eaux ; comment des villes élevées sont baignées par les ondes ; quelles sources enfantent les grandes rivières ; par quelle pente les fleuves, descendent à l'abîme des mers ; comment ils embrassent quelquefois des îles, comment les môles jetés devant un port en protègent l'entrée ; de quelle manière s'étendent les marais et dorment les lacs ; quel est l'aspect des montagnes qui dressent leurs pics élevés ; quelle bordure font aux bois les flots d'une claire fontaine. Notre travail se terminera par une description de la mer de Scythie, du Pont-Euxin, et des îles qui peuvent s'élever au milieu de cette mer ; pour ce qui reste, nous l'avons traité plus complètement dans notre ouvrage sur les différentes contrées et parties du monde. Afin de te faire mieux goûter ce fruit de mes peines et de mes travaux, nous allons prendre d'un peu plus haut notre récit ; toi, renferme ces leçons dans le plus profond de ton cœur, car je m'appuie sur une autorité bien ancienne, je fouille dans les vieux auteurs.

[80] Terrae patentis orbis effuse iacet
orbique rursus unda circumfunditur.
Sed qua profundum semet insinuat saxum
Oceano ab usque, ut gurges hic nostri maris
longe explicetur, est Atlanticus sinus.
[85] Hic Gadir urbs est, dicta Tartessus prius,
hic sunt columnae pertinacis Herculis
Abila atque Calpe, haec laeua dicti caespitis,
Libyae propinqua est Abila. Duro perstrepunt
et prominentis hic iugi surgit caput,
[90] Oestrymnin istud dixit aeuum antiquius,
molesque celsa saxei fastigii
tota in tepentem maxime uergis notum.
Sub huius autem prominentis uertice
sinus dehiscit incolis Oestrymnicus,
[95] in quo insulae sese exerunt Oestrymnides,
laxe iacentes et metallo diuites
stanni atque plumbi. Multa uis hic gentis est,
superbus animus, efficax solertia,
negotiandi cura iugis omnibus,
[100] netisque cumbis turbidum late fretum
et beluosi gurgitem Oceani secant.
Non hi carinas quippe pinu texere
et acere norunt, non abiete, ut usus est,
curuant faselos, sed rei ad miraculum
[105] nauigia iunctis semper aptant pellibus
corioque uastum saepe percurrunt salum.
L'eau s'étend çà et là dans l'intérieur des terres, en même temps qu'elle enveloppe le monde. À l'endroit où la mer profonde sort de l'Océan pour venir en se déroulant former notre Méditerranée, se trouve la mer Atlantique. Là est la ville de Gadir, autrefois appelée Tartessus ; là sont les colonnes de l'infatigable Hercule, Abyla et Calpé, Calpé sur la rive gauche, Abyla voisine de la Libye ; le rigoureux vent du nord mugit autour d'elles, mais elles, se tiennent inébranlables. Là se dresse le sommet de cette haute montagne que l'antiquité a nommée Oestrymnis : la masse élevée de la pointe rocheuse incline surtout vers le tiède Notus. Au pied de ce promontoire, les habitants voient s'ouvrir le golfe Oestrymnique : les îles Oestrymnides y apparaissent, avec leurs vastes plaines, avec leurs riches mines d'étain et de plomb. Elles sont très peuplées, leurs habitants ont le cœur fier, l'habileté qui amène le succès, la passion innée du commerce. Leurs barques connues de la mer la troublent au loin. Ils sillonnent l'abîme de l'Océan fécond en monstres. Ils ne savent point construire des vaisseaux avec le pin et l'érable ; ils ne font point, suivant l'usage, des barques avec le sapin recourbé ; mais, chose singulière ! ils façonnent toujours leurs esquifs avec des peaux cousues ensemble, et c'est sur du cuir qu'ils parcourent souvent le vaste Océan.

Ast hinc duobus in sacram, sic insulam
dixere prisci, solibus cursus rati est.
Haec inter undas multam caespitem iacet,
[110] eamque late gens Hiernorum colit.
Propinqua rursus insula Albionum patet.
Tartessiisque in terminos Oestrumnidum
negotiandi mos erat. Carthaginis
etiam coloni et uulgus inter Herculis
[115] agitans columnas haec adibant aequora,
quae Himilco Poenus mensibus uix quattuor
ut ipse semet re probasse rettulit
enauigantem, posse transmitti adserit.
Sic nulla late flabra propellunt ratem,
[120] sic segnis umor aequoris pigri stupet.
Adicit et illud : plurimum inter gurgites
extare fucum et saepe uirgulti uice
retinere puppim. Dicit hic nihilominus
non in profundum terga demitti maris
[125] paruoque aquarum uix supertexi solum.
Obire semper huc et huc ponti feras,
nauigia lenta et languide repentia
internatare beluas. Siquis dehinc
ab insulis Oestrymnicis lembum audeat
[130] urgere in undas, axe qua Lycaonis
rigescit aethra, caespitem Ligurum subit
cassum incolarum. Namque Celtarum manu
crebrisque dudum proeliis uacua arua sunt
Liguresque pulsi, ut saepe fors aliquos agit,
[135] plerumque dumos. Creber his scrupus locis
rigidaeque rupes atque montium minae
caelo inseruntur. Et fugax gens haec quidem
diu inter arta cautium duxit diem
secreta ab undis. Nam sali metuens erat
[140] priscum ob periclum, post quies et otium
securitate roborante audaciam
persuasit altis deuehi cubilibus
atque in marinos iam locos descendere.
De là à l'île Sacrée (c'est ainsi que les anciens l'ont appelée), il y a pour un vaisseau une navigation de deux jours. Cette île élève au milieu de l'eau sa vaste sur face : la nation des Hierniens l'habite sur une grande étendue. Près d'elle on rencontre l'île des Albions. C'était la coutume des Tartessiens de faire du commerce sur les limites des Oestrymnides : de même les colons de Carthage et la multitude répandue autour des colonnes d'Hercule visitaient ces mers. Le carthaginois Himilcon, qui rapporte avoir fait lui-même l'expérience de cette navigation, affirme qu'on peut à peine les parcourir en quatre mois : ainsi nul souffle, ne vient pousser le vaisseau, ainsi les eaux de cette mer paresseuse demeurent immobiles. Il ajoute que des algues nombreuses s'élèvent du fond des abîmes et souvent retiennent le vaisseau comme ferait une haie : toutefois, dit-il, la mer n'est qu'une surface sans profondeur ; à peine si une légère couche d'eaux recouvre le sol. Çà et là rôdent toujours des animaux marins ; des monstres nagent au milieu des vaisseaux qui se traînent lentement et péniblement. Des îles Oestrymnides, si l'on ose pousser plus avant dans la mer vers les climats où la fille de Lycaon glace les airs, on aborde au pays désolé d'une peuplade ligurienne : car il y a longtemps que des Celtes ont dépeuplé ce pays par de fréquents combats. Des Liguriens, chassés de leur patrie par des circonstances qu'amène souvent la fortune, vinrent en ces lieux presque partout hérissés de ronces : c'est un sol pierreux, on y voit des roches escarpées, des monts menaçants qui vont toucher le ciel. Longtemps la tribu fugitive vécut dans les fentes des rochers, loin des eaux ; elle craignait la mer, qui lui rappelait d'anciens dangers ; puis, son audace croissant avec la sécurité, les loisirs du repos l'amenèrent à sortir de ses hautes demeures pour descendre vers le rivage.

Post illa rursum quae supra facti sumus
[145] magnus patescit aequoris fusi sinus
Ophiussam ad usque. Rursum ab huius litore
internum ad aequor, qua mare insinuare se
dixi ante terris, quodque Sardum nuncupant,
septem dierum tenditur pediti uia.
[150] Ophiussa porro tanta panditur latus
quantam iacere Pelopis audis insulam
Graiorum in agro. Haec dicta primo Oestrymnis est
locos et arua Oestrymnicis habitantibus,
post multa serpens effugauit incolas
[155] uacuamque glaebam nominis fecit sui.
Revenons au détroit dont nous avons déjà parlé. Au-delà de ce détroit, la mer développe un vaste golfe jusqu'à l'île Ophiuse ; et des rivages de l'île si l'on retourne vers cette partie de la mer Intérieure qu'on appelle Sardienne, à l'endroit où j'ai dit que l'Océan pénètre dans les terres, on compte sept jours de marche. Ophiuse offre un déploiement de côtes égal à l'étendue qu'on donne à l'île de Pélops dans le pays des Grecs. On l'appelait d'abord Oestrymnis, car son territoire et ses champs étaient habités par les Oestrymniens ; mais la multitude des serpents chassa les habitants et donna son nom à cette terre abandonnée.

Circumlatratque pontus insulas duas
tenue ob locorum inhospitas. Aryium
rursum tumescit prominens in asperum
septentrionem cursus autem hinc classibus
[160] usque in columnas efficacis Herculis
quinque est dierum. Post pelagia est insula
herbarum abundans adque Saturno sacra.
sed uis in illa tanta naturalis est,
ut siquis hanc innauigando accesserit,
[165] mox excitetur propter insulam mare,
quatiatur ipsa et omne subsiliat salum
alte intremescens cetero ad stagni uicem
pelago silente. Prominens surgit dehinc
Ophiussae in auras, abque Aruii iugo
[170] in haec locorum bidui cursus patet.
Plus loin le cap de Vénus s'avance sur la mer ; les flots mugissent autour de deux îles que leur petitesse rend inhabitables ; puis cette contrée jette un nouveau cap vers l'âpre Septentrion. De là aux colonnes du puissant Hercule la navigation pour les vaisseaux est de cinq jours. On trouve ensuite l'île Pélagie, féconde en plantes et consacrée à Saturne ; dans cette île la nature est si violente, que si un navigateur s'approche de ses bords, il voit autour d'elle la mer déchaînée ; l'île elle-même est ébranlée, et le sol, profondément agité, tremble, tandis que le reste de la mer garde le silence d'un lac. Cette côte se prolonge encore vers les rivages d'Ophiuse : du cap qu'il forme à ces rivages, la navigation est de deux jours.

At qui dehiscit inde prolixe sinus,
non totus uno facile nauigabilis
uento recedit ; namque medium accesseris
zephyro uehente, reliqua deposcunt notum.
[175] Et rusus inde si petat quisquam pede
Tartessiorum litus, exuperet uiam
uix luce quarta. Siquis ad nostrum mare
Malacaeque portum semitam tetenderit,
in quinque soles est iter. Tum Cempsicum
[180] iugum intumescit. Subiacet porro insula
Achale uocata ab incolis. Aegre est fides
narrationi prae rei miraculo,
sed quam frequens auctoritas sat fulciat,
aiunt in huius insulae confiniis
[185] numquam esse formam gurgiti reliquo parem.
Splendorem ubique quippe inesse fluctibus
uitri ad nitorem et per profundum marmoris
coeaneam in undis esse certum imaginem est.
Confundi at illic aequor immundo luto
[190] memorant uetusti semper atque sordibus
ut faeculentos gurgites haerescere.
Le golfe, dont on trouve ensuite la vaste courbe, présente un trajet difficile aux marins, si le même vent souffle dans toute son étendue : vous arrivez au milieu poussé par le Zéphyr ; pour le reste de la navigation vous avez besoin du Notus. Si de là on gagne à pied la contrée des Tartessiens, c'est à peine si l'on achèvera la route en quatre jours ; si l'on se dirige vers notre mer et le port de Malaca, la marche sera de cinq soleils. On voit ensuite s'élever le cap Céprésique : au-dessous s'étend une île nommée Achale par les habitants. Il est difficile de croire au récit qu'on fait sur elle tant il tient du prodige, pourtant de nombreuses autorités le confirment On dit que sur les bords de cette île la mer n'est jamais aussi belle que partout ailleurs : partout en effet, les flots brillent de l'éclat du cristal, et, à travers la profondeur des eaux, nous apparaît clairement une image azurée ; mais là, au rapport des anciens, une boue immonde trouble la mer et en épaissit les flots immobiles.

Cempsi atque Sefes arduos collis habent
Ophiussae in agro. Propter hos pernix Ligus
Draganumque proles sub niuoso maxime
[195] septentrione conlocauerant larem.
Poetanion autem est insula ad Sefum latus
patulusque portus. Inde Cempsis adiacent
populi Cynetum. Tum Cyneticum iugum,
qua sideralis lucis inclinatio est,
[200] alte tumescens ditis Europae extimum
in beluosi uergit Oceani salum.
Ana amnis illic per Cynetas effluit
sulcatque glaebam. Panditur rursus sinus
cauusque caespes in meridiem patet.
[205] Memorato ab amni gemina sese flumina
scindunt repente perque praedicti sinus
crassum liquorem (quippe pinguescit luto
omne hic profundum) lenta trudunt agmina.
Hic insularum semet alte subrigit
[210] uertex duarum. Nominis minor indiga est,
aliam uocauit mos tenax Agonida.
Inhorret inde rupibus cautes sacra
Saturni et ipsa. Feruet inlisum mare
litusque late saxeum distenditur.
[215] Hirtae hic capellae et multus incolis caper
dumosa semper intererrant caespitum,
castrorum in usum et nauticis uelamina
productiores et graues setas alunt.
Dans le pays d'Ophiuse, les Cempses et les Saefes occupent la partie montagneuse ; auprès d'eux l'agile Ligurien et la race des Draganes avaient établi leurs foyers sous le neigeux septentrion. À l'occident se cache l'île Paetanion, avec un vaste port. À la suite des Cempses sont placés les peuples des Cynètes ; puis le mont Cynétique, tourné vers les rayons du soleil couchant, borne orgueilleuse de l'opulente Europe, s'allonge sur l'Océan peuplé de monstres. Le fleuve Ana coule à travers le pays des Cynètes, où il se creuse un lit profond. Plus loin s'étend un nouveau golfe ; la côte décrit un arc dont la partie creuse regarde le midi. L'Ana se fend alors en deux branches, et à travers les eaux épaisses du golfe (toute la mer en cet endroit est chargée de vase) il traîne péniblement ses ondes. Là s'élèvent au milieu des airs les sommets de deux îles : la plus petite n'a pas de nom ; l'autre a toujours porté celui d'Agônis. Puis le mont Sacré élève son front hérissé de rochers : il est dédié à Saturne. La mer, en bouillonnant, se brise sur une plage vaste et rocailleuse. Là, des chèvres au long poil, des boucs nombreux, qui appartiennent aux habitants, errent sans cesse parmi les buissons de la contrée : ces animaux fournissent, pour les tentes des camps et les voiles des vaisseaux, une soie forte et épaisse.

Hinc dictum ad amnem solis unius uia est,
[220] genti et Cynetum hic terminus. Tartessius
ager his adhaeret adluitque caespitem
Tartessus amnis. Inde tenditur iugum
Zephyro sacratum. Denique arcis summitas
Zephyris uocata. Celsa sed fastigia
[225] iugo eriguntur uerticis. Multus tumor
conscendit auras et supersidens quasi
caligo semper nubilum condit caput.
Regio omnis inde maxime herboso solo est,
nebulosa iuge his incolis conuexa sunt,
[230] coactus aer atque crassior dies
noctisque more ros frequens. Nulla, ut solet,
flabra inferuntur, nullus aethram discutit
superne uenti spiritus, pigra incubat
caligo terras et solum late madet.
[235] Zephyridos arcem siquis excedat rate
et inferatur gurgiti nostri maris,
flabris uehetur protinus fauonii.
De ce lieu au fleuve précédent il n'y a qu'un jour de distance : là est la frontière des Cynètes. Auprès de ces peuples se trouve le territoire de Tartessus, qu'arrose le fleuve Tartessus ; de là on gagne le mont consacré au Zéphyr ; le sommet de cette montagne porte le nom de Zéphyris ; pourtant de hauts pics se dressent sur sa croupe élevée ; sa masse énorme domine les airs, et une vapeur, qui a comme établi sur elle un siège éternel, dérobe sa tête nuageuse. Tout le pays aux environs est couvert d'herbes touffues ; des brouillards cachent aux habitants la voûte du ciel ; l'air est épais, le jour sans transparence ; la nuit donne ordinairement une abondante rosée ; jamais le souffle des vents vient, comme partout ailleurs, éclaircir le ciel en dissipant les nuages ; une lourde brume s'étend sur la terre, et le sol est plein de marécages. Si un navigateur part de la montagne Zéphyris pour entrer dans notre mer, il sera poussé par le vent d'occident.

Iugum inde rursus et sacrum infernae deae
diuesque fanum, penetral abstrusi caui
[240] adytumque caecum. Multa propter est palus
Erebea dicta. Quin et Herbi ciuitas
stetisse fertur his locis prisca die,
quae proeliorum absumpta tempestatibus
famam atque nomen sala liquit caespiti.
[245] At Hiberus inde manat amnis et locos
fecundat unda. Plurimi ex ipso ferunt
dictos Hiberos, non ab illo flumine
nam quicquid amnem gentis huius adiacet
occiduum ad axem, Hiberiam cognominant.
On voit plus loin s'élever une montagne, avec un temple magnifique, consacré à la déesse des enfers, sanctuaire creusé dans le roc, grotte d'une obscurité profonde. À côté se trouve un vaste marais qu'on appelle Érèbe ; on ajoute que la ville d'Herbus s'élevait autrefois dans ces lieux : emportée dans les tempêtes de la guerre, elle a seulement laissé à la contrée son souvenir et son nom. De là coule le fleuve Iberus dont l'eau fertilise les campagnes. La plupart rapportent que les Ibères doivent leur nom à ce fleuve, et non pas à cet Iberus qui coule au milieu des Vascons turbulents ; car toutes les terres de cette nation qui bornent le fleuve du côté de l'occident, sont appelées Ibérie.

[250] Pars porro eoa continet Tartessios
et Cilbicenos. Cartare post insula est
eamque pridem, influxa et est satis fides,
tenuere Cempsi. Proximorum postea
pulsi duello, uaria quaesitum loca
[255] se protulere. Cassius inde mons tumet.
Et Graia ab ipso lingua cassiterum prius
stannum uocauit. Inde fani est prominens
et quae uetustum Graeciae nomen tenet,
Gerontis arx est eminus. Namque ex ea
[260] Geryona quondam nuncupatum accepimus.
Hic ora late sunt sinus Tartessii.
dictoque ab amni in haec locorum puppibus
uia est diei. Gadir hic est oppidum,
nam Punicorum lingua consaeptum locum
[265] Gadir uocabat. Ipsa Tartessus prius
cognominata est. Multa et opulens ciuitas
aeuo uetusto, nunc egena, nunc breuis,
nunc destituta, nunc ruinarum agger est.
Nos hic locorum, praeter Herculaneam
[270] solemnitatem uidimus miri nihil.
At uis in illis tanta uel tantum decus
aetate prisca sub fide rerum fuit,
rex ut superbus omniumque praepotens,
quos gens habebat forte tum Maurusia,
[275] Octauiano principi acceptissimus
et litterarum semper in studio Iuba
interfluoque separatus aequore,
inlustriorem semet urbis istius
duumuiratu crederet. Sed insulam
[280] Tartessus amnis ex Ligustino lacu
per aperta fusus undique adlapsu ligat.
Neque iste tractu simplici prouoluitur
unusue sulcat subiacentem caespitem,
tria ora quippe parte eoi luminis
[285] infert in agros, ore bis gemino quoque
meridiana ciuitatis adluit.
At mons paludem incumbit Argentarius
sic a uetustis dictus ex specie sui.
Stagno iste namque latera plurimo nitet
[290] magisque in auras eminus lucem euomit,
cum sol ab igni celsa perculerit iuga.
Idem amnis autem fluctibus stagni grauis
ramenta uoluit inuehitque moenibus
diues metallum. Qua dehinc ab aequore
[295] salsi fluenti uasta per medium soli
regio recedit, gens Etmaneum accolit.
Atque inde rursus usque Cempsorum sata
Ileates agro se feraci porrigunt.
maritima uero Cilbiceni possident.
[300] Gerontis arcem et prominens fani, ut supra
sumus elocuti, distinet medium salum
interque celsa, cautium cedit sinus.
Iugum ad secundum flumen amplum euoluitur.
Tartessiorum mons dehinc attollitur
[305] siluis opacus. Hinc Erythia est insula
diffusa glaebam et iuris olim Punici.
Habuere primo quippe eam Carthaginis
priscae coloni interfluoque scinditur
a continente quinque per stadia mari
[310] Erythia. Ab arce qua diei occasus est,
ueneri marinae consecrata est insula
templumque in illa ueneris et penetral cauum
oraculumque. Monte ab illo, quem tibi
horrere siluis dixeram, cum ueneris,
[315] litus recline et molle harenarum iacet,
in quas Besilus atque Cilbus flumina
urgent fluentum. Post in occiduum diem
Sacrum superbas erigit cautes iugum.
locum, hunc uocauit Herma quondam Graecia.
[320] Est Herma porro caespitum munitio,
interfluumque altrinsecus munit lacum.
Aliique rursus Herculis dicunt uiam
strauisse quippe maria fertur Hercules,
iter ut pateret facile captiuo gregi.
[325] Porro illud Herma iure sub Libyci soli
fuisse pridem plurimi auctores ferunt.
nec respuendus testis est Dionysius,
Libyae esse finem qui docet Tartessium.
Europae in agro, quod uocari ab incolis
[330] Sacrum indicaui, prominens subducitur.
Locos utrosque interfluit tenue fretum.
Quod Herma porro aut Herculis dictum est uia,
Amphipolis urbis incola Euctemon ait,
non plus habere longitudinis modo
[335] quam porriguntur centum et octo milia
et distineri terras milibus tribus.
Hic Herculanae stant columnae, quas modum
utriusque haberi continentis legimus.
Sunt paria porro saxa prominentia
[340] Abila atque Calpe. Calpe in Hispano solo,
Maurusiorum est Abila. Namque Abilam uocant
gens Punicorum, mons quod altus barbaro est,
id est Latino, dici ut auctor Plautus est.
Calpeque rursum in Graecia species caui
[345] teretisque uis nuncupatur urcei.
Atheniensis dicit Euctemon item
non esse saxa aut uertices adsurgere
parte ex utraque. Caespitem Libyci soli
Europae et oram memorat insulas duas
[350] interiacere ; nuncupari has Herculis
ait columnas ; stadia triginta refert
has distinere ; horrere siluis undique
inhospitasque semper esse nauticis.
Inesse quippe dicit ollis Herculis
[355] et templa et aras. Inuehi aduenas rate,
deo litare, abire festino pede,
nefas putatum demorari in insulis.
circum atque iuxta plurimo tractu iacens
manere tradit tenue prolixe mare.
[360] Nauigia onusta adire non ualent locos
breue ob fluentum et pingue litoris lutum.
sed si uoluntas forte quem subegerit
agere carinam, eximere classi pondera,
leuique cymba sic superferri salo.
[365] Sed ad columnas quicquid interfunditur
undae aestuantis, stadia septem uix ait
Damastus esse. Caryandaeus Scylax
medium fluentum inter columnnas adserit
tantum patere quantus aestus Bosporo est.
[370] Ultra has columnas propter Europae latus
uicos et urbis incolae Carthaginis
tenuere quondam. Mos at ollis hic erat,
ut planiore texerent fundo rates,
quo cymba tergum fusior breuius maris
[375] praelaberetur. Porro in occiduam plagam
ab his columnis gurgitem esse interminum,
late patere pelagus, extendi salum
Himilco tradit. Nullus haec adiit freta,
nullus carinas aequor illud intulit,
[380] desint quod alto flabra propellentia
nullusque puppim spiritus caeli iuuet,
dehinc quod aethram quodam amictu uesti at
caligo, semper nebula condat gurgitem
et crassiorem nubilum perstet die.
La partie orientale renferme les Tartessiens et les Cilbicènes. On trouve ensuite l'île de Cartare, qui, suivant une opinion assez répandue, fut occupée par les Cempses. Chassés plus tard par la guerre que leur firent leurs voisins, ces peuples allèrent chercher différentes demeures. Puis s'élève le mont Cassius : c'est à cause de lui que la langue grecque a donné autrefois à l'étain le nom de cassiterus. On aperçoit ensuite un temple qui s'avance sur la mer, et l'éminence de Géronte, nommée ainsi par l'ancienne Grèce ; on la voit de loin : c'est d'elle, dit-on, que Géryon a reçu autrefois son nom. Là s'étendent les côtes du golfe Tartessien ; du fleuve Tartessus à cet endroit le chemin pour les vaisseaux est d'une journée. Là est la ville de Gadir, nom que les Carthaginois donnaient dans leur langue aux lieux fermés de murs. Elle fut d'abord appelée Tartessus : c'était jadis une grande et riche cité ; maintenant elle est pauvre, humble, dépouillée ; maintenant c'est un monceau de ruines. Pour nous, excepté le culte d'Hercule, nous n'avons rien vu de remarquable en cet endroit, mais tant de puissance, tant de gloire s'attachait autrefois à cette ville dans l'opinion du monde, qu'un roi superbe, puissant entre tous, qui régnait sur la nation maurusienne, un roi chéri d'Octave, Juba, toujours si zélé pour les lettres, de l'autre côté de la mer, s'estimait honoré d'être duumvir de Gadir : c'est une île que le fleuve Tartessus, se répandant en large hors du marais Ligustinus, embrasse de toutes parts dans son cours. Ce fleuve ne roule pas un simple courant d'eau, il ne se creuse pas un seul lit ; mais du côté de l'aurore il s'élance à travers les champs par trois canaux, et par quatre autres il baigne les cités du midi. Au-dessus des marais s'allonge le mont Argentarius, ainsi nommé par les anciens à cause de son éclat : l'étain resplendit sur ses flancs ; il fait surtout jaillir la lumière dans les airs, quand le soleil de ses rayons frappe sa tête élevée. Le fleuve Tartessus roule des flots chargés de parcelles d'étain, et apporte aux villes ce riche métal. En s'éloignant de la plaine des eaux salées, on trouve dans l'intérieur des terres une vaste contrée qu'habite la nation cempse, on trouve les Iléates, qui s'étendent dans une campagne fertile ; les parties maritimes sont occupées par les Cilbicènes. L'éminence de Géronte et le promontoire du temple sont, comme nous l'avons dit plus haut, séparés par la mer : le golfe se glisse entre les deux rocs escarpés ; près du second roule un grand courant d'eau. Plus loin s'élève le mont des Tartessiens, ombragé de forêts ; ensuite on trouve l'île Érythée, avec ses vastes campagnes, autrefois sous la domination punique : car elle fut d'abord occupée par des colons de l'ancienne Carthage. Du côté du continent, un bras de mer de cinq stades sépare Erythée de l'éminence de Géronte ; du côté du couchant, l'île est consacrée à Vénus marine : elle renferme un temple de Vénus, avec un sanctuaire creusé dans le roc, et un oracle. Depuis ce mont, que j'ai dit être hérissé de forêts, jusqu'au promontoire de Vénus, le rivage étend en pente douce un lit de sable fin : les fleuves Besilus et Cilbus y pressent leurs flots. Puis le promontoire Sacré dresse vers le couchant ses rochers superbes. Ce lieu fut appelé Herma par l'ancienne Grèce. Or, Herma est un rempart de rochers qui garnissent les deux côtés d'un lac situé au milieu d'eux. D'autres, au contraire, appellent le lieu Chemin d'Hercule : car on raconte qu'Hercule avait comblé la mer, pour ouvrir une voie facile au troupeau qu'il avait pris. Cet Herma dépendit autrefois de la terre de Libye au rapport d'un grand nombre d'auteurs ; et il ne faut pas rejeter l'autorité de Denys, qui enseigne que la Libye se termine à Tartessus. Sur le territoire de l'Europe, ce mont que j'ai désigné comme ayant reçu des habitants le nom de Sacré, s'élève en s'avançant dans les ondes. Entre ces deux points se glisse un bras de mer. À cet Herma appelé aussi Voie d'Hercule, Euctémon, habitant d'Amphipolis, n'accorde pas plus de huit mille cent pas de longueur ; et dit que trois mille pas le séparent du mont Sacré. Là se trouvent les colonnes d'Hercule, limite des deux continents, suivant ce que nous avons lu. Ce sont deux rochers égaux qui s'élèvent, Abyla et Calpé : Calpé est sur le sol espagnol, Abyla sur celui des Maurusiens. Les Carthaginois appellent Abyla tout ce qu'on appelle "élevé" en langue barbare, c'est-à-dire en langue latine, comme dit Plaute. Pour Calpé on donne ce nom, en Grèce, à une espèce de vase creux et arrondi Le même Euctémon, Athénien, nie que ce soient des rochers, et que leurs sommets se dressent de chaque côté du détroit ; il rapporte qu'entre la terre de Libye et la côte d'Europe se trouvent deux îles ; qu'elles portent le nom de colonnes d'Hercule ; qu'une distance de trente stades les sépare, que de toutes parts elles sont hérissées de forêts et ont toujours été inhospitalières pour les matelots. Il ajoute qu'elles renferment des temples et des autels dédiés à Hercule, que les étrangers y abordent en canot, sacrifient au dieu, et s'éloignent d'un pied rapide : on regarde comme un sacrilège de s'arrêter dans ces îles. Autour d'elles, et à une assez grande distance, il rapporte que la mer traîne lentement des eaux peu profondes. Les vaisseaux chargés ne peuvent pénétrer dans ces parages, à cause de la petite quantité d'eau et de la vase épaisse du rivage. Mais celui qui désire visiter le temple doit se hâter de conduire son navire à l’île de la Lune et de l'y décharger ; monté alors sur ce léger esquif, il pourra s'y rendre en effleurant la mer. Quant à l'étendue des flots qui bouillonnent entre les colonnes, elle est à peine de sept stades, au dire de Damastes. Scylax de Caryanda soutient que le milieu du détroit offre la largeur du Bosphore. Au-delà de ces colonnes, du côté de l'Europe, les Carthaginois occupèrent autrefois des bourgs et des villes ; mais là ils avaient coutume de construire des vaisseaux à fond plat pour que l'esquif, offrant une carène plus large, pût glisser sur la mer la moins profonde. De ces colonnes en allant vers l'occident on trouve un abîme sans fin, la mer s'étend au loin, les flots se prolongent, ainsi le rapporte Himilcon. Nul n'a conduit ses vaisseaux vers cette mer ; car on y manque de vents qui poussent le navire, aucun souffle du ciel ne vient en seconder le mouvement ; de plus l'air est couvert comme d'un manteau de brouillards, une brume éternelle enveloppe la mer, le jour est continuellement obscurci par des nuages.

[385] Oceanus iste est, orbis effusi procul
circumlatrator, iste pontus maximus,
hic gurges oras ambiens, hic intimi
salis inrigator, hic parens nostri maris.
Plerosque quippe extrinsecus curuat sinus
[390] nostrumque in orbem uis profundi inlabitur.
Sed nos loquemur maximos tibi quattuor.
Tel est l'Océan qui mugit autour de la vaste étendue du monde ; c'est la plus grande des mers, c'est l'abîme qui embrasse les rivages, c'est le réservoir de la mer Intérieure, c'est le père de notre Méditerranée : car la force de la mer creuse la plupart des golfes extérieurs et pénètre dans notre terre. Je vais te parler des quatre plus grands golfes.

Prima huius ergo in caespitem insinuatio est
Hesperius aestus atque Atlanticum salum ;
Hyrcana rursus unda, Caspium mare ;
[395] salum Indicorum, terga fluctus Persici ;
Arabsque gurges sub tepente iam noto.
Hunc usus olim dixit Oceanum uetus.
Hyrcana rursus unda, Caspium mare ;
longo explicatur gurges huius ambitu
[400] produciturque latere prolixe uago.
Plerumque porro tenue tenditur salum,
ut uix harenas subiacentis occulat.
Exuperat autem gurgitem fucus frequens,
atque impeditur aestus hic uligine.
[405] Uis beluarum pelagus omne internatat
multusque terror ex feris habitat freta.
Haec olim Himilco Poenus Oceano super
spectasse semet et probasse rettulit.
Haec nos ab imis Punicorum annalibus
[410] prolata longo tempore edidimus tibi.
Le premier de ces golfes qui empiètent sur la terre, c'est celui du couchant autrement dit mer Atlantique ; le second, celui d'Hyrcanie ou mer Caspienne ; puis la mer des Indes, ou golfe Persique ; enfin le golfe Arabique, sous la tiède haleine du Notus. Le premier doit à une ancienne coutume le nom d'Océan, et à une autre celui de mer Atlantique. Son abîme se déploie en un long contour et s'étend à l'infini. Souvent la nappe d'eau est si mince, qu'à peine elle cache les sables qu'elle recouvre. Au-dessus des ondes flottent des algues nombreuses, et là le bouillonnement des flots est arrêté par la vase. Une foule de monstres nagent dans toute l'étendue de la mer ; le grand effroi qu'ils inspirent remplit ces parages. Le carthaginois Himilcon a rapporté qu'il les vit autrefois sur l'Océan, et qu'il les connut par expérience. Ces détails, transmis à travers les siècles par les annales puniques les plus anciennes, nous te les transmettons à notre tour.

Nunc iam recursus ad priora sit stilo.
Igitur columnae, ut dixeram, Libystidis
Europae in agro aduersa surgit altera.
Hic Chrysus amnis intrat altum gurgitem,
[415] ultra citraque quattuor gentes colunt.
Nam sunt feroces hoc Libyphoenices loco
sunt Massieni, regna Cilbicene sunt
feracis agri et diuites Tartessii,
qui porriguntur in Calacticum sinum.
[420] Hos propter autem mox iugum Barbetium est
Malachaeque flumen urbe cum cognomine
Menace priore quae uocata est saeculo.
Tartessiorum iuris illic insula
antistat urbem, Noctilucae ab incolis
[425] sacrata pridem. In insula stagnum quoque
tutusque portus. Oppidum Menace super.
Qua sese ab undis regio dicta subtrahit,
Silurus alto mons tumet cacumine.
Adsurgit inde uasta cautes et mare
[430] intrat profundum. Pinus hanc quondam frequens
ex se uocari sub sono Graio dedit.
Fanumque ad usque ueneris ac ueneris iugum
litus recumbit. Porro in isto litore
stetere crebrae ciuitates antea
[435] Phoenixque multus habuit hos pridem locos.
Inhospitales nunc harenas porrigit
deserta tellus, orba cultorum sola
squalent iacentque. Veneris ab dicto iugo
spectatur Herma caespitis Libyci procul,
[440] quod ante dixit. Litus hic rursum patet
uacuum incolarum nunc et abiecti soli.
Porro ante et urbes hic stetere plurimae
populique multi concelebrarunt locos.
Namnatius inde portus oppidum prope
[445] se Massienum curuat alto ab aequore
sinuque in imo surgit altis moenibus
urbs Massiena. Post iugum Trete eminet
breuisque iuxta Strongyle stat insula.
dehinc in huius insulae confiniis
[450] immensa tergum latera diffundit palus.
Theodorus illic (nec stupori sit ibi
quod in feroci barbaroque sat loco
cognomen huius Graeciae accipis sono)
prorepit amnis. Ista Phoenices prius
[455] loca incolebant. Rursus hinc se litoris
fundunt harenae et litus hoc tres insulae
cinxere late. Hic terminus quondam stetit
Tartessiorum, hic Herna ciuitas fuit.
Gymnetes istos gens locos insederant
Et maintenant, revenons sur le sujet précédent. Comme je l'avais dit, en face de la colonne africaine s'élève une autre colonne sur la terre d'Europe. Là le fleuve Chrysus entre dans l'abîme profond. Au-delà et en deçà habitent quatre nations : car dans ce lieu on trouve les farouches Libyphéniciens, les Massiènes, les royaumes des Cilbicènes, dont le territoire est si fertile, et les riches Tartessiens, qui s'étendent vers le golfe Calacticum. Auprès d'eux on rencontre bientôt le mont Barbetium, et le fleuve Malacha avec une ville du même nom, qui fut autrefois appelée Menacé. Là une île de la dépendance des Tartessiens s'élève en face de la ville ; depuis longtemps elle a été consacrée par les habitants à la déesse qui éclaire la nuit : dans cette île on trouve un étang et un port commode ; la ville de Menacé est au-dessus. Du côté où le pays s'éloigne de la mer, le Mont Sisurus dresse sa tête altière. Plus loin s'élève un immense rocher dont la base pénètre au fond de la mer : le pin qui y poussait en abondance lui a donné le nom qu'il porte dans la langue grecque. Jusqu'au temple de Vénus et au promontoire de Vénus le rivage s'affaisse : sur ce rivage existaient jadis des villes nombreuses une foule de Phéniciens habita autrefois ces lieux. Maintenant la terre déserte n'offre que des sables inhospitaliers ; privé de culture, le sol est aride et languissant. De ce mont de Vénus on aperçoit dans le lointain cet Herma du territoire libyen, dont j'ai déjà parlé. Là s'étend une côte aujourd'hui dépeuplée, une contrée misérable. Mais autrefois beaucoup de villes y florissaient, et de nombreuses nations habitèrent ce territoire. Un vaste port, auprès de la ville de Massiène, reçoit dans ses bras la haute mer, et au fond de ce golfe s'élève, avec ses hautes murailles, la ville de Massiène. Ensuite s'avance le cap Traète, et auprès de lui la petite île de Strongyle ; Puis sur les confins de cette île un marais étend sa surface immense. Là le fleuve Théodorus (ne t'étonne pas d'entendre dans un lieu assez barbare et sauvage résonner ce nom grec) se traîne lentement : des Phéniciens habitaient d'abord ces lieux. Puis de nouveau le rivage n'offre plus qu'une vaste étendue de sables ; trois îles lui font une large ceinture : là était autrefois placée la frontière des Tartessiens ; là fut la cité d'Herna. La nation des Gymnètes s'était établie dans cette contrée ; aujourd'hui le fleuve Alebus, nu, privé depuis longtemps de ses riverains, coule en murmurant pour lui seul.

[460] Sicani ad usque praefluentis alueum,
nunc destitutus et diu incolis carens
sibi sonorus Alebus amnis effluit.
Post haec per undas insula est Gymnesia,
populo incolarum quae uetus nomen dedit,
[465] Pityussae et inde proferunt sese insulae
Baliarium ac late insularum dorsa sunt.
Et contra Hiberi in usque Pyrenae iugum
ius protulere propter interius mare
late locati. Prima eorum ciuitas
[470] Ilerda surgit. Litus extendit dehinc
steriles harenas. Hemeroscopium quoque
habitata pridem hic ciuitas. Nunc iam solum
uacuum incolarum languido stagno madet.
Attollit inde se Sicana ciuitas,
[475] propinquo ab amni sic uocata Hibericis.
Neque longe ab huius fluminis diuortio
praestringit amnis Tyrius oppidum Tyrin.
Dumosa late terga regio porrigit.
Berybraces illic, gens agrestis et ferox,
[480] pecorum frequentis intererrabat greges.
Hi lacte semet atque pingui caseo
praedure alentes proferebant spiritum
uicem ad ferarum. Post Crabrasiae iugum
procedit alte ac nuda litorum iacent
[485] ad usque Onussae Cherronesi terminos.
Palus per illa Naccararum extenditur.
Hoc nomen isti nam paludi mos dedit
stagnique medio parua surgit insula
ferax oliui et hinc Mineruae stat sacra.
Ensuite, au milieu des eaux, on trouve l'île Gymnesia, qui autrefois a donné son nom aux populations qui s'étendent jusqu'au cours du Sicanus. Puis se montrent les îles Pityusses, et la vaste étendue des îles Baléares. En face d'elles les Ibères ont porté leur domination jusqu'aux monts Pyrénées, occupant un vaste pays sur les bords de la mer Intérieure : la première de leurs villes est Idera ; plus loin la côte étend des sables stériles. Là est aussi Hemeroscopium, ville jadis peuplée ; maintenant le sol, privé d'habitants, est couvert par l'eau dormante d'un marais. Puis s'élève la ville de Sicana ; ainsi nommée par les Ibères à cause du fleuve voisin. Un peu après s'être séparé du Sicanus le fleuve Tyrius embrasse la ville de Tyris. Du côté où le pays s'éloigne de la mer, le sol présente une vaste étendue de broussailles. Là les Bérybraces, nation agreste et sauvage, erraient au milieu de leurs nombreux troupeaux. Du lait, des fromages épais, formaient leur grossière nourriture ; ils vivaient à la manière des bêtes sauvages. Puis s'avance le promontoire de Crabrasia, et une plage nue s'étend jusqu'aux frontières de la solitaire Chersonèse. Çà et là le marais Naccarare couvre cette plage ; car c'est ainsi qu'on a coutume de désigner ce marais ; et de son sein sort une petite île féconde en oliviers aussi est-elle consacrée à Minerve.

[490] Fuere propter ciuitates plurimae.
Quippe hic Hylactes Hystra Sarna et nobiles
Tyrichae stetere. Nomen oppido uetus,
gazae incolarum maxime memorabiles,
per orbis oras. Namque praeter caespitis
[495] fecunditatem, qua pecus, qua palmitem,
qua dona flauae Cereris educat solum,
peregrina Hibero subuehuntur flumine.
Iuxta superbum mons Sacer caput exerit
Oleumque flumen proxima agrorum secans
[500] geminos iugorum uertices interfluit.
Mons quippe Sellus nomen hoc monti est uetus,
ad usque celsa nubium subducitur
adstabat istum ciuitas Lebedontia
priore saeclo, nunc ager uacuus lare
[505] lustra et ferarum sustinet cubilia.
Près de là furent de nombreuses cités : dans ces contrées, en effet, s'élevaient Hylactes, Hystra, Sarna et la fameuse Tyriché. Le nom de cette dernière ville est ancien ; les trésors de ses habitants étaient célèbres par tout le monde ; car, outre la fertilité du territoire, qui produit des troupeaux, des vignes et les présents de la blonde Cérès, les denrées étrangères remontent le fleuve Ibère. Près de là le mont Sacré lève sa tête superbe, et le fleuve Oleum, coupant les champs voisins, coule entre deux cimes de promontoires. Bientôt le mont Sellus (c'est un nom que ce mont porte depuis longtemps) se dresse au milieu des nuages. Adossée contre lui, la ville de Lébédontia florissait autrefois ; maintenant la campagne déserte ne présente que des antres et des repaires de bêtes sauvages.

Post haec harenae plurimo tractu iacent,
per quas Salauris oppidum quondam stetit,
in quis et olim prisca Callipolis fuit,
Callipolis illa, quae per altam moenium
[510] proceritatem et celsam per fastigia
subibat auras, quae laris uasti ambitu
latere ex utroque piscium semper ferax
stagnum premebat. Inde Tarraco oppidum
et Barcilonum amoena sedes ditium.
[515] Nam pandit illic tuta portus brachia,
uuetque semper dulcibus tellus aquis.
Post Indigetes asperi se proferunt,
gens ista dura, gens ferox uenatibus
lustrisque inhaerens. Tum iugum Celebanticum
[520] in usque salsam dorsa porrigit Thetim.
On aperçoit plus loin une longue étendue de côtes sablonneuses, où s'élevaient jadis la ville de Salauris et l'ancienne Callipolis, cette Callipolis qui, de ses hautes murailles et de ses édifices élevés, touchait le ciel, et qui, dans le vaste contour de ses habitations, embrassait de deux côtés à la fois un étang toujours abondant en poissons. Viennent ensuite Tarraco, et le charmant séjour des Barcilons opulents. Là un port ouvre aux vaisseaux un asile assuré, et la terre est toujours arrosée par des sources d'eau douce. Puis se montrent les durs Indigètes, nation farouche, nation de fiers chasseurs, et qui ne sort pas de ses forêts. Ensuite le cap Célébanticum étend ses flancs jusque dans les eaux salées de Thétis.

Hic adstitisse ciuitatem Cypselam
iam fama tantum est. Nulla nam uestigia
prioris urbis asprum seruat solum.
Dehiscit illic maximo portus sinu
[525] cauumque late caespitem inrepit salum.
Post quae recumbit litus Indiceticum.
Pyrenae ad usque prominentis uerticem.
Là fut la ville de Cypsela. Elle n'existe plus que dans le souvenir des hommes et cette terre sauvage ne conserve aucun vestige de cette ancienne ville. Là s'ouvre un havre au vaste sein, et la mer pénètre dans la courbe profonde de la plage ; puis la côte Indicétique s'étend jusqu'au haut promontoire formé par les Pyrénées.

Post litus illud, quod iacere diximus
tractu supino, se Malodes exerit
[530] mons inter undas et tument scopuli duo
geminusque uertex celsa nubium petit.
Hos inter autem portus effuse iacet
nullisque flabris aequor est obnoxium.
Sic omne, late praelocatis rupibus,
[535] latus ambiere cautium cacumina,
interque saxa immobilis gurges latet,
quiescit aequor, pelagus inclusum stupet.
À la suite de cette plage que nous avons dit se prolonger le long de la mer, le mont Malodes s'élève au milieu des eaux, qu'il domine de ses deux rochers, et son double sommet va se cacher dans la région des nuages. Entre les deux rocs dort un vaste port, dont nul souffle ne tourmente la surface. C'est qu'il est entouré par les roches avancées dont la haute montagne lui forme une large enceinte : au milieu de ces rocs la mer se cache immobile, les eaux qu'elle y renferme restent calmes et comme endormies.

Stagnum inde Toni montium in radicibus
Tononitaeque attollitur rupis iugum.
[540] Per quae sonorus uoluit aequor spumeum
Anystus amnis et salum fluctu secat.
Haec propter undas atque salsa sunt freta,
at quicquid agri cedit alto a gurgite,
Ceretes omne et Ausoceretes prius
[545] habuere duri, nunc pari sub nomine
gens est Hiberum. Sordus inde denique
ac pertinentes usque ad interius mare
qua piniferae stant Pyrenae uertices
inter ferarum lustra ducebant diem
[550] et arua late et gurgitem ponti premunt.
In Sordiceni caespitis confinio
quondam Pyrene ciuitas ditis laris
stetisse fertur hicque Massiliae incolae
negotiorum saepe uersabant uices.
On trouve ensuite le marais Tonon, au pied d'une chaîne de montagnes ; puis se dresse le sommet du mont Tononien à travers lequel le fleuve Anystus roule avec bruit ses eaux écumantes, qui vont diviser la mer. Voilà ce qui se trouve sur le bord des eaux et dans les parages maritimes. Quant au territoire qui s'écarte de la grande mer, les Cérètes, et auparavant les durs Ausocérètes, l'ont possédé tout entier : maintenant toute la nation se confond sous le nom d'Ibères. Le peuple des Sordes y vivait aussi dans des lieux inaccessibles. Répandus vers la mer Intérieure, ils habitaient an milieu des retraites des bêtes sauvages, du côté où les monts Pyrénées montrent leur sommet chargé de pins et dominent au loin les terres et la mer. Sur les confins du territoire des Sordicènes était autrefois, dit-on, l'opulente cité de Pyrène : là les habitants de Massilia venaient souvent faire leurs échanges de commerce.

[555] Sed in Pyrenen ab columnis Herculis
Atlanticoque gurgite et confinio
Zephyridis orae cursus est celeri rati
septem dierum. Post Pyrenaeum iugum
iacent harenae litoris Cynetici,
[560] easque late sulcat amnis Rhoscynus.
Hoc Sordicenae, ut diximus, glaebae solum est.
Stagnum hic palusque quippe diffuse patet,
et incolae istam Sordicem cognominant.
Praeterque uasti gurgitis crepulas aquas
[565] (nam propter amplum marginis laxae ambitum
uentis tumescit saepe percellentibus)
stagno hoc ab ipso Sordus amnis effluit.
Rursusque ab huius effluentis ostiis
[…]
[570] […] [litus dehinc]
sinuatur alto et propria per dispendia
caespes cauatur, repit unda largior
molesque multa gurgitis distenditur.
Tris namque in illo maximae stant insulae
[575] saxisque duris pelagus interfunditur.
Des colonnes d'Hercule, de la mer Atlantique et des rivages de Zéphyris jusqu'à Pyrène, la navigation, pour un vaisseau rapide, est de sept jours. Après les monts Pyrénées s'étendent les sables du rivage Cynétique, largement sillonnés par le fleuve Rhoscynus. Cette terre, comme nous l'avons dit, dépend des Sordicènes. Un lac marécageux s'étend çà et là, et les habitants le nomment Sordicé. Au-delà des eaux bruissantes de ce lac, que sa vaste étendue expose à la fureur des vents, et du sein même de ces eaux, coule le fleuve Sordus. Par les bouches du fleuve [...] se courbe en détours sinueux ; la mer creusa la côte ; l'eau se répand au loin et sa vaste masse couvre une grande étendue. Trois îles considérables s'élèvent de son sein, et leurs durs rochers sont baignés par des bras de mer.

Nec longe ab isto caespitis rupti sinus
alter dehiscit insulasque quattuor
(at priscus usus dixit has omnis Piplas)
ambit profundo. Gens Elesycum prius
[580] loca haec tenebat atque Naro ciuitas
erat ferocis maximum regni caput.
Hic salsum in aequor amnis Attagus ruit
Heliceque rursus hic palus iuxta. Dehinc
Besaram stetisse fama casca tradidit.
[585] At nunc Heledus, nunc et Orobus flumina
uacuos per agros et ruinarum aggeres
amoenitatis indices priscae meant.
Nec longe ab istis Thyrius alto euoluitur
[…] cinorus agmen […]
[590] […]
[…]
numquam excitentur fluctuum uolumina
sternatque semper gurgitem Alcyonae quies.
Non loin de ce golfe qui creuse ainsi le rivage, s'en ouvre un autre, et quatre îles (une ancienne tradition n'en indique que trois) sortent du milieu de la mer. La nation des Élésyces occupait autrefois ces lieux, et la ville de Naro était la capitale considérable de ces peuples indomptés. Là le fleuve Attagus se décharge dans la mer ; on trouve auprès le marais Hélicé. À partir de là était Besara suivant le dire d'une ancienne tradition Maintenant les fleuves Heledus et Orobus se glissent à travers des champs dévastés et des monceaux de ruines, indices d'une prospérité passée. Non loin d'eux le Thyrius roule d'une hauteur [...] Le Cinorus s'avance. […] Jamais la mer n'y soulève ses vastes flots, toujours elle pèse un calme d'Alcyon.

Vertex at huius cautis e regione se
[595] illi eminenti porrigit, quod Candidum
dixi uocari. Blasco propter insula est
teretique forma caespes editur salo.
In continenti et inter adsurgentium
capita iugorum rursum harenosi soli
[600] terga explicantur seque fundunt litora
orba incolarum. Setius inde mons tumet
procerus arcem et pinifer. Setii iugum
radice fusa in usque Taphrum pertinet.
Taphron paludem namque gentici uocant
[605] Orani propinquam flumini. Huius alueo
Hibera tellus adque Ligyes asperi
intersecanur. Hic sat angusti laris
tenuique censu ciuitas Polygium est.
Tum Mansa uicus oppidumque Naustalo
[610] et urbs impendet haesicae gentis salo
[…]
[…]
[…]
eiusque in aequor Cassius amnis influit.
Le sommet de cette roche s'élève en face regardant ce promontoire, que j'ai dit s'appeler le cap Blanc. À côté, se trouve l'île Blasco, qui montre hors de l'eau son rivage arrondi. Sur le continent et entre les têtes de caps qui s'élèvent auprès, se déploie encore une plage sablonneuse ; on voit s'étendre des rivages sans habitants. Puis le mont Setius se dresse avec son haut sommet garni de pins : le mont Setius prolonge sa base jusqu'à Taphrus : les gens du pays appellent Taphrus un marais voisin du fleuve Oranus ; c'est le lit de ce fleuve qui sépare la terre ibérienne des rudes Ligyens. Là se trouve la ville de Polygium, petite et pauvre. Puis le bourg de Mansa, et la ville de Naustalo, et la ville […] d'où le fleuve Classius se jette dans la mer.

[615] At Cimenice regio discedit procul
salso ab fluento, fusa multo caespite
et opaca siluis. Nominis porro auctor est
mons dorsa celsus. Huius imos aggeres
stringit fluento Rhodanus atque scrupeam
[620] molem imminentis intererrat aequore.
Mais la contrée de Ciménicé s'étend loin de la mer, avec son vaste territoire et ses forêts touffues : une montagne élevée lui a donné son nom : le Rhodanus en baigne les mamelons inférieurs, et, au milieu de cette masse de rochers qui le dominent, il erre dans la campagne.

Ligures ad undam semel interni maris
procul extulere. Sed quasi exposcit locus
Rhodani ut fluentum plenius tibi disseram.
Stili immorantis patere tracta, mi Probe.
[625] Quippe amnis ortum, gurgitis lapsum uagi,br> quas iste gentis lambat unda fluminis
quantoque manet incolis compendio
et ostiorum fabimur diuortia.
Les Ligures se sont étendus sur le bord de la mer Intérieure, loin du mont Setius et de ses roches escarpées. Mais il est nécessaire que je te donne plus de détails sur le fleuve Rhodanus. Souffre que je m'arrête, sur ce sujet, Probus : nous dirons la naissance du fleuve, son cours vagabond, quelles nations il baigne de ses flots, quel grand avantage son cours procure aux habitants, et ses différentes embouchures.

Niuosum in auras erigunt Alpes iugum
[630] a solis ortu et arua Gallici soli
intersecantur scrupeo fastigio
et anhela semper flabra tempestatibus.
Effusus ille et ore semet exigens
hiantis antri ui truci sulcat sola
[635] aquarum in ortu et fonte primo nauiger
at rupis illud erigentis se latus,
quod edit amnem, gentici cognominant
solis columnam. Tanto enim fastigio
in usque celsa nubium subducitur
[640] meridianus sol ut oppositu iugi
conspicuus haut sit, cum relaturus diem
septentrionum accesserit confinia.
Scis nam fuisse eius modi sententiam
Epicureorum : non eum occasu premi,
[645] nullos subire gurgites, numquam occuli,
sed obire mundum, obliqua caeli currere,
animare terras, alere lucis pabulo
conuexa cuncta et inuicem regionibus
certis negati candidam Phoebi facem.
[650] Resi […]
[…]
[…]
[…]
meridianam cum secuerit orbitam,
[655] cum lumen axi Atlantico inclinauerit,
ut in supremos ignem Hyperboreos agat,
Acaemenioque semet ortui ferat,
discreta in aethrae flectitur curuo ambitu
metamque transit. Cumque nostro obtutui
[660] iubar negarit atra nox caelo ruit,
caecaeque nostra protinus tenebrae tegunt.
Dies at illos clara tunc inluminat,
septentrione qui superposito rigent.
Cum rursus umbra noctis arctoos habet,
[665] genus omne nostrum splendidum ducit diem.
Du côté de l'orient, les Alpes dressent dans les airs leurs pics neigeux ; les campagnes de la Gaule sont coupées par cette chaîne de montagnes, et les vents y soufflent toujours la tempête. Le fleuve, sortant de la bouche béante d'une caverne, et se répandant à travers la campagne, y creuse son lit par la violence de son courant ; il est navigable à sa naissance et dès son apparition. Le flanc de la haute montagne qui donne naissance au fleuve est appelé par les naturels Colonne du Soleil ; sa tête monte si haut dans la région des nuages, qu'elle cache aux regards le soleil à son midi, quand il s'approche des limites du septentrion pour porter le jour. Car tu sais que telle était l'opinion des Epicuriens ; que le soleil ne plonge pas sous l'horizon, qu'il ne s'enfonce dans aucune mer, qu'il ne se cache jamais, mais qu'il fait le tour du monde, suit une course oblique dans le ciel, donne la vie à la terre, nourrit de sa lumière bienfaisante l'immensité des cieux ; que Phébus refuse tour à tour à certaines régions son ardent flambeau : une montagne s'y oppose avec son haut sommet qui, se prolongeant depuis l'occident jusqu'à l'extrême septentrion, divise en deux parties l'étendue du monde et la route du soleil. Lorsque le soleil a dépassé son midi, qu'il a incliné sa lumière vers l'Atlantique, afin de porter ses feux chez les Hyperboréens les plus reculés, et de reparaître pour les contrées de la Perse, il se dirige, suivant la courbe du cercle, vers cette autre partie de l'espace, il dépasse la limite du mont, et quand il a dérobé son éclat à notre vue, une sombre nuit descend du ciel, d'épaisses ténèbres couvrent aussitôt nos climats ; mais alors un jour brillant éclaire ceux qui habitent au-dessus de nous le rigoureux septentrion. Quand de nouveau l'ombre des nuits enveloppe l'ourse, toute notre race jouit d'une lumière éclatante.

Meat amnis autem a fonte per Tylangios,
per Daliternos, per Clahilcorum sata
Lemenicum et agrum - dura sat uocabula
auremque primam cuncta uulnerantia,
[670] sed non silenda tibimet ob studium tuum
nostramque curam. Panditur porro in decem
flexus recursu gurgitum. Stagnum graue,
plerique tradunt, inserit semet dehinc,
uastam paludem, quam uetus mos Graeciae
[675] uocitauit Accion, atque praecipites aquas
stagni per aequor egerit. Rursum effluus
artansque sese fluminum ad formam, dehinc
Atlanticos in gurgites, nostrum in mare
et occidentem contuens, euoluitur
[680] patulasque harenas quinque sulcat hostiis.
De sa source le fleuve coule à travers les Tylanges, les Daliternes, les champs des Clahilques et le territoire Léménique (mots assez durs et qui d'abord blessent l'oreille, mais que je ne dois pas te taire, à cause de ton ardeur pour l'étude et de mon zèle) ; puis il décrit, par des retours sur lui-même, dix sinuosités : plusieurs rapportent qu'alors c'est un étang immobile. De là il entre dans un vaste lac, que les Grecs ont coutume de nommer Accion, et il pousse ses flots impétueux à travers le lac tranquille ; il en sort ensuite, se resserre en un lit à la manière des autres fleuves, puis il roule vers les abîmes Atlantiques, regardant à la fois notre mer et l'occident, et creuse la vaste grève de cinq embouchures.

Arelatus illic ciuitas attollitur,
Theline uocata sub priore saeculo
Graio incolente. Multa nos Rhodano super
narrare longo res subegerunt stilo.
[685] At numquam in illud animus inclinabitur,
Europam ut isto flumine et Libyam adseram
disterminari. Phileus hoc quamquam uetus
putasse dicat incolas. Despectui
derisuique inscitia haec sit barbara
[690] et competente denotetur nomine.
Cursus carnae biduo et binoctio est.
Gens hinc Nearchi Bergineque ciuitas,
Salyes atroces, oppidum Mastramelae
priscum paludis, terga celsum prominens,
[695] quod incolentes Citharistium uocant,
Massilia et ipsa est, cuius urbis hic situs :
pro fronte litus praeiacet, tenuis uia
patet inter undas, latera gurges adluit,
stagnum ambit urbem et unda lambit oppidum
[700] laremque fusa ciuitas paene insula est,
sic aequor omne caespiti infudit manus.
Labos at olim conditorum diligens
formam locorum et arua naturalia
euicit arte. Siquae prisca te iuuat
[705] haec in nouella nominum deducere.
Là s'élève la cité d'Arelate, appelée Théline à une époque plus ancienne, quand les Grecs l'habitaient. Bien des motifs nous ont engagé à écrire longuement sur le Rhodanus. Mais jamais mon esprit ne se pliera à affirmer que ce fleuve sert de séparation à l'Europe et à la Libye, quoique l'ancien Philée dise que telle était l'opinion des habitants : cette ignorance barbare ne peut qu'exciter nos mépris et nos rires ; il faut lui donner le nom qu'elle mérite. Après une navigation de deux jours et de deux nuits, on trouve les Néarches et la ville de Bergine, les Salyens féroces, l'ancienne ville du marais Mastramela, un promontoire à la croupe élevée, que les habitants appellent Citharistium, et Massilia elle-même, dont voici la position : devant un lac s'étend le rivage de la mer ; un chemin étroit s'ouvre entre les eaux ; la mer en baigne les flancs, le lac entoure la ville, et les eaux se répandent même dans les rues et dans les maisons ; la cité est presque une île. Ainsi la main des hommes a fait pénétrer la mer dans les terres, le travail assidu des anciens fondateurs a triomphé à force d'art de la forme des lieux et de la nature du territoire. S'il te plaît de changer les anciens noms en nouveaux [...]


Sources:
  • Julien Quiret pour l'Arbre Celtique

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